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Ethique et Information

Appel aux consciences

  • La démocratie résistera et l’Histoire rétablira les faits. Mais nous n’oublions pas que ce n’est qu’au bout de cinquante longues années qu’elle a pu établir la complicité active de Vichy avec le régime nazi. Il lui faudra donc, pour cela, résister aux tentatives forcenées du révisionnisme et du négationnisme dans leurs composantes occidentales mais aussi, bien que complaisamment passées sous silence, arabo-islamistes.
  • Nous devons donc dès à présent agir pour que personne ne puisse dire : "nous ne savions pas". Or, nous avons malheureusement retrouvé, tant dans le choix des mots que dans la sélection des images, servant une présentation tronquée et partiale des faits, des prises de position et des jugements à l’emporte-pièce qui, pour peu que l’on disposât du minimum de recul que les auditeurs et téléspectateurs n’ont en général pas, ne pouvaient même plus masquer leur véritable objectif de propagande.
  • Objectif atteint puisque, sur l’ensemble des actes incontestablement antisémites générés par cette propagande, 50% ont été perpétrés en France où ne se trouvent que 7% de la population juive de la diaspora. Nous ne nous laisserons pas abuser par ceux qui, pour des motivations diverses, veulent nous faire croire qu’il n’y a pas de lien entre le déficit éthique des faiseurs d’opinion et la résurgence de pogromes qui, plus apparentés par leurs racines à ceux des croisades qu’à ceux du nazisme, devraient de ce fait en perdre leur appellation.
  • Nous ne pouvons pas accepter d’expliquer, comme certaines bonnes âmes tentent de le faire, ces carences, ces défaillances, ces manquements graves à l’éthique professionnelle et à l’éthique tout court, par l’incompétence des journalistes concernés. Nous ne pouvons en retenir comme preuve à décharge l’incompétence de ces mêmes journalistes, aisément perceptible lorsqu’on possède un minimum de connaissance du sujet traité, dans les autres domaines où ils interviennent.
  • Nous ne pouvons pas non plus retenir comme circonstance atténuante la nécessaire superficialité du traitement de l’information liée au fonctionnement des équipes rédactionnelles. Parce que rien ne peut expliquer l’orientation monodirectionnelle de ces déviances que ce qu’il faut bien appeler une volonté délibérée.
  • Nous ne pouvons cependant pas non plus nous contenter, avec les cyniques, de reconnaître que l’agence qui monopolise l’information, l’AFP, qui serait commanditée essentiellement par le gouvernement français et par le monde arabe, diffusant en conséquence une information "sur mesure", les professionnels de la presse radio-télévisuelle n’auraient d’autre choix que de se laisser "tirer les ficelles".
  • Car les mêmes dérives se vérifient facilement dans la presse écrite, qui dispose pourtant de la pluralité des moyens d’information et du recul nécessaire pour un minimum d’objectivité qu’elle ne s’impose pas. Il suffit pour cela de prendre une revue parmi d’autres, Le Courrier International pour ne pas le nommer, qui sélectionne les articles internationaux qui lui paraissent le mieux éclairer la question. Il suffit de comparer le nombre d’articles concernant le sujet à celui traitant d’autres conflits à travers la planète, de comparer le nombre d’articles et l’espace réservé à chaque camp, et de se demander pourquoi, de plus, les articles censés représenter le point de vue d’Israël sont sélectivement les autocritiques internes venant parfois des experts les plus représentatifs de ce que Lessing appelait: la haine de soi. Que de surcroît le rédacteur en chef d’une telle revue soit partie prenante d’une Ligue contre la désinformation ne peut qu’inquiéter de l’ampleur et de la gravité du phénomène.
  • C’est pourquoi il appartient à notre génération d’interpeler les consciences. Nous laisserons aux spécialistes le soin de reprendre le fardeau que Léon Poliakov avait tenté de soulever sur le même thème à propos de la guerre du Liban - Essai sur la désinformation - et de déterminer le degré de responsabilité des différents pouvoirs, politique, judiciaire, médiatique, intellectuel et spirituel. Le CSA quant à lui, autolimitant son rôle à quelques thèmes porteurs, a négligé la première de ses obligations : assurer "pluralisme et honnêteté de l'information", en demeurant, à notre connaissance, aussi silencieux que le Vatican sur tous ces points. En attendant l’émergence d’une institution suppléant à ces carences, nous nous devons pour notre part de rappeler que, quel que soit le problème posé, l’omission ou la falsification de ses paramètres, quel qu’en soit l’objectif, ne peut qu’aboutir à des diagnostics et à des solutions incarcérés dans l’ordre du fantasme.
  • C’est pourquoi nous ne pouvons nous dispenser d’entendre et d’écouter au moins les discours officiels, et même ceux qui ne sont pas à usage interne, des responsables politiques et spiritituels du monde arabe. Nous comprendrons alors par quels mécanismes certaines démocraties européennes en viennent à proposer à leurs citoyens une image si policée d’un totalitarisme naissant qui les inquiète.
  • Il est urgent que toutes les consciences se mobilisent et se rejoignent, toutes tendances confondues, pour désamorcer ces mécanismes éprouvés qui ont déjà fait la preuve de leur efficacité. En 1938, à Munich.

    H .Nabet
    Paris le 16/11/00