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Vous croyez Arafat aux abois ? Détrompez-vous
Roni Shked, Yediot Aharonot
L'anarchie dans les Territoires affaiblit peut-être l'Autorité palestinienne, mais elle renforce en fait l'OLP, jugent les Yediot Aharonot. L'objectif ? L'internationalisation du conflit.
Au vu de l'escalade de violence et du mutisme de l'Autorité palestinienne, Il est permis de se demander si Yasser Arafat contrôle encore le terrain ou si l'anarchie s'est emparée de son mini-Etat. Il est en tout cas évident que, après cinq mois de combat et de terrorisme contre Israël, Arafat reste Arafat, un maître de l'ambiguïté qui envoie, d'une part des messages de soutien du processus de paix et, d'autre part, des signaux de détresse à Sharon, tout en chauffant à blanc les Territoires. Certes, les services de renseignements israéliens s'inquiètent de la perte de contrôle de l'Autorité palestinienne sur les Territoires autonomes, particulièrement en Cisjordanie. Mais, au sein de Tsahal (armée israélienne), nombreux sont ceux qui se demandent si Arafat désire réellement rétablir son autorité.
La réponse est que l'anarchie qui se développe à Gaza et en Cisjordanie lui est non seulement commode mais sert en plus ses objectifs. Arafat ne commandite aucun acte de terrorisme. Mais le cycle des attentats palestiniens et de représailles israéliennes débouchant sur le bouclage des zones autonomes lui permet d'accuser Israël d'affamer la population palestinienne et d'exiger ainsi le déploiement d'une force de protection internationale. Les gens du Tanzim (le bras armé du Fatah) ne reçoivent certes pas d'ordres d'Arafat et il arrive même qu'il contrecarre des attentats Mais ses militants savent lire sur ses lèvres pour savoir quand le feu est vert, et Marwan Barghouti (chef du Tanzim en Cisjordanie) n'a par exemple jamais été désavoué par l'Autorité palestinienne.
En réalité, Arafat reste en dernier ressort, maître du terrain : si la maîtrise tactique et opérationnelle lui échappe quelque peu, c'est lui qui garde le contrôle stratégique de la lutte contre Israël. Le partage des rôles arrange tout le monde. Si Arafat ne se rend plus et Cisjordanie, c'est à la fois pour ne pas devoir affronter un Tanzim qui y est très puissant et pour ne pas devoir lui donner d'ordres.
Dans un contexte économique désastreux, et où les finances de l'Autorité sont dans le rouge, l'élection de Sharon sert les objectifs d'Arafat dès lors qu'elle galvanise la haine anti-israélienne dans les Territoires. La télévision officielle palestinienne, non contente d'accuser Israël d'utiliser des munitions à uranium appauvri, diffuse à présent des images terribles censées prouver que Tsahal utilise des gaz innervants. Convaincu que le gouvernement Sharon-Barak ne rencontrera aucune de ses revendications et que la base palestinienne ne lui permettra pas d'arrêter les combats sans le moindre acquis diplomatique, l'objectif de Yasser Arafat est désormais de laisser se développer une situation d'anarchie conduisant à l'éclatement des Territoires. La pression devrait se concentrer sur les habitants des implantations juives pour les forcer à. partir, entraîner un durcissement de la stratégie de Tsahal, accélérer une proclamation unilatérale d'indépendance et provoquer une internationalisation du conflit. Soyons sans illusion, l'attentat d'Azor (le 15 février, un bus conduit par un Palestinien provoquait la mort de huit Israéliens au sud de Tel-Aviv) n'est que le premier acte d'une longue escalade.
Ronl Shaked, Yediot Aharonot, Tel~Aviv