Paris accusé d'accueillir un dictateur antijuif
Luc de Barochez
Publié par Le Figaro, le 25 juin 2001, page 4
La visite du président syrien Bachar el-Assad à Paris suscite une tempête de protestations qui dépasse le cadre des associations juives et pro-israéliennes, des organisations de défense des droits de l'homme et des mouvements libanais anti-syriens.
L'Eglise catholique est montée au créneau. Elle a annoncé qu'elle enverrait un représentant, Mgr Claude Frikart, à un rassemblement organisé ce soir à Paris par le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) pour protester contre le séjour de Bachar al-Assad. Toutes les organisations juives appellent à cette manifestation qui doit débuter à 18 heures sur la place des Martyrs Juifs du Vélodrome d'hiver (XVe ). Plusieurs responsables politiques, de gauche comme de droite, y sont attendus.
L'objet du rassemblement est «de critiquer les propos antijuifs tenus par le président Assad en présence du Pape lors de sa visite en Syrie», explique une porte-parole du Crif, Edith Lenczner. Un message de Mgr Fricart doit être lu dans les différents rassemblements organisés à la même heure par le Crif dans toute la France, a-t-elle ajouté. Un message de la Fédération protestante sera également diffusé.
Au-delà d'Assad, la manifestation vise aussi le président Jacques Chirac et le gouvernement de Lionel Jospin, accusés de dérouler le tapis rouge à un «dictateur raciste et antisémite». Le chasseur de nazis Serge Klarsfeld a même évoqué un «petit Montoire». Lors de la visite de Jean-Paul II en mai à Damas, Assad avait accusé Israël de vouloir «assassiner tous les principes de toutes les religions, de la même manière qu'ils (les juifs) avaient trahi Jésus et essayé de tuer le prophète Mahomet».
La référence au poncif antisémite sur les juifs déicides a suscité la colère de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra). Elle a porté plainte devant la justice française pour «diffamation et incitation à la haine raciale». La réception réservée au chef de l'Etat syrien permet aussi aux organisations de défense des droits de l'homme de rappeler le triste bilan de la Syrie dans ce domaine. Dans une lettre ouverte à Chirac et Jospin, la Fédération internationale des Ligues des droits de l'homme (Fidh) rappelle que si Bachar el-Assad a libéré 600 prisonniers politiques en novembre 2000, il en reste encore 800, dont au moins 200 Libanais.
Le mouvement franco-libanais de soutien aux Libanais détenus arbitrairement (Solida) a rappelé quant à lui que «depuis 1976, de très nombreux citoyens libanais ont été enlevés en territoire libanais (...) et transférés dans des prisons en Syrie». On est souvent sans nouvelles d'eux.
Les critiques de la visite ont un point commun : elles reprochent à la France de courtiser un régime qui méprise les droits de l'homme et de fermer les yeux sur ses exactions, en raison non seulement de la position centrale de la Syrie au Proche-Orient, mais aussi du rôle qu'elle est disposée à y ménager à la diplomatie française.