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Un dirigeant mal vu et malvenu dans la capitale
Associations juives et personnalités de gauche dénoncent sa visite.

Par JEAN-MICHEL AMITRANO

Libération
Le lundi 25 juin 2001

 
Bachar el-Assad n'est pas attendu qu'avec des fleurs à Paris. S'il vise une rupture avec l'héritage paternel, le président syrien aura fort à faire durant ses trois jours de visite. Car celle-ci suscite une large réprobation.

Il faut dire que Bachar el-Assad a multiplié les déclarations douteuses. Ainsi, selon lui, «le racisme des Israéliens a dépassé le nazisme». Et Israël veut «assassiner tous les principes de toutes les religions, de la même manière qu'ils [les juifs] avaient trahi Jésus et essayé de tuer le prophète Mahomet...» Bref, la parole du fils rappelle l'hospitalité généreusement accordée par Assad père au criminel nazi Aloïs Brunner.

Rassemblement. Dans ce contexte, les associations juives, Crif et UEJF en tête, appellent à un rassemblement ce soir à 18 heures, place des Martyrs-Juifs-du-Vélodrome-d'Hiver, pour refuser «que les institutions de la République se compromettent en recevant le dictateur raciste et antisémite syrien». Des représentants de l'Eglise catholique se joindront à la manifestation. Parallèlement, la Licra a annoncé qu'elle portait plainte auprès du procureur de la République contre le président syrien pour «diffamation et incitation à la haine raciale».

Des Kurdes de Syrie manifesteront mardi pour rappeler que Damas a retiré dans les années 60 la nationalité syrienne à plusieurs dizaines de milliers de Kurdes et refuse toujours de reconnaître les droits culturels d'une communauté d'environ un million de personnes. Les 910 réfugiés kurdes de l'East Sea, échoués à Saint-Raphaël en février, venaient de Syrie.

Le monde politique, lui aussi, réagit. Avec parcimonie. Le Parti radical, composante de l'UDF, a interpellé Jacques Chirac pour qu'il dise sa «réprobation de l'inacceptable» en recevant aujourd'hui Bachar el-Assad à l'Elysée: «Notre inquiétude, c'est que cette réception apparaisse comme une caution.» Six maires d'arrondissements parisiens de gauche, un Vert et cinq socialistes, ont publié samedi un appel pour souligner que «les représentants de la République française ne devraient pas dîner avec n'importe qui», qualifiant le président syrien d'«ennemi de la liberté», d'«ennemi de la tolérance» et d'«ennemi de la France et de la paix». Ce texte a également recueilli les signatures de Malek Boutih, président de SOS Racisme, et de divers élus dont deux membres de l'UDF.

Convictions. Comme Chirac et Jospin, Bertrand Delanoë recevra Bachar, conformément à la tradition qui veut que tout chef d'Etat en visite officielle en France fasse un détour par l'hôtel de ville de Paris. «Je n'ai pas reçu de mandat des Parisiens pour m'exprimer sur la politique étrangère de la France», souligne-t-il. Mais le maire de la capitale a prévenu qu'il «rendrait conciliable sans concessions son devoir et ses convictions».