LILLUSION DU SUCCESSEUR COMMODE
Dan Margalit MAARIV, 4 juin 2002 - traduit par le service de presse de l'Ambassade de France en Israël.
Ariel Sharon réussit très bien à présenter Yasser Arafat comme lobstacle majeur qui fait échec à un règlement politique dans la région. Mais il doit être extrêmement précis en ce qui le concerne, quand il expose aux Etats-Unis et à lEurope ses propositions en vue de la reprise du dialogue diplomatique, visant à réunir une conférence de la paix en juillet 2002.
Dans une interview détaillée accordée par lancien médiateur américain Denis Ross, on trouve une claire exposition des mobiles dArafat dans le déclenchement de la Seconde Intifada : la politique dEhoud Barak avait restitué à Israël son image de marque internatio-nale comme pays épris de paix. Seul le feu et le sang pouvaient ternir et ébranler ce succès. Ultérieurement, à la faveur de lopération Rempart , on a saisi des documents prouvant que lentreprise palestinienne descroquerie et de mensonge navait pas débuté après la victoire de Binyamin Netanyahou aux élections de mai 1996 mais dès la signature des accords dOslo, en 1993.
Ce contexte connu sajoute à un fait supplémentaire, que Sharon ne doit surtout pas oublier quand il élabore sa ligne politique : une grande partie de lopinion israélienne avait soutenu Barak en temps réel. Celle-ci a transféré sa confiance au tandem Sharon-Ben-Eliezer, non pas parce que les concessions proposées par Barak lavaient mise en colère, mais parce quelle a été convaincue quArafat est insatiable et ne voulait pas desdites concessions.
Dans ce cas de figure, Shimon Pérès nest pas seulement le représentant le plus éminent dIsraël vis-à-vis du monde entier, qui fait pression pour une reprise de la négociation avec les Palestiniens à nimporte quel prix et sans condition. Pérès fait également office de pont en chair et en os, dans lopinion israélienne, entre ce qui avait été proposé par Barak (ceci, en dépit de linimitié considérable entre ces deux hommes) et la démarche de Sharon.
La conclusion quil faut en tirer est quune grande partie du grand public qui soutient aujourdhui Sharon ne sopposait pas, et ne le fait pas non plus à lheure actuelle, à la démarche diplomatique du précédent gouvernement. Aujourdhui aussi, le tracé que le Président Clinton avait donné dun règlement politique est considéré par un grand nombre dIsraéliens comme la solution douloureuse, mais logique, du conflit israélo-palestinien. Ceci, à la condition quon ait de sérieuses raisons de croire en la sincérité des intentions de la direction palestinienne.
Sharon, représentant de la démarche réaliste, doit donc prendre en considération plusieurs paramètres : écarter Yasser Arafat non pas dans le cadre dune évolution naturelle au sein de létablissement palestinien, mais sous leffet des exigences dIsraël portera à sa place un successeur qui ne pourra pas proposer de concessions tangibles, mais qui bénéficiera dun soutien si large de lOccident, quil exigera sur-le-champ dIsraël des concessions concrètes.
Les Américains soutiendront Mohammed Dahlan, qui criera à tue-tête quaprès Arafat, il ne peut pas inaugurer son leadership sous forme dun assouplissement significatif. Dans les fables de Krylov , Sharon trouvera celle de lâne qui se plaint de son maître qui le fait trop travailler ; son propriétaire se lasse de ses plaintes incessantes et le vend à un peaussier qui écorche lanimal. Il se pourrait que Dahlan, en tant que successeur dArafat, transfère Israël du statut de bête de peine à celui de lanimal quon écorche.
Par-dessus tout, le gouvernement Sharon sappuie sur le soutien des gens situés politiquement au centre de la société israélienne, qui sentent quArafat est lennemi de la paix. Ce nest pas un hasard si les ennemis dIsraël ont conclu une alliance pour falsifier la vérité sur les événements antérieurs du Moyen-Orient, depuis les causes de la Guerre de Six Jours, il y a 35 ans, jusquà ce qui sest réellement passé à Camp David en juillet 2000, et depuis. Et dy ajouter avec malveillance une justification de lIntifada.
Dans cette conjoncture en Israël comme dans les capitales étrangères Sharon doit se montrer prudent au sujet de lexigence du remplacement dArafat, comme condition liminaire pour les réformes de lAutorité palestinienne. Le Premier ministre doit mettre le monde en garde vis-à-vis dArafat, mais il ne doit pas imposer sa mise à lécart. Comme Sharon, je pense moi aussi quArafat nest pas un partenaire pour la paix. Pour que je continue à soutenir le Premier ministre, jaccepte quil persiste à mettre le monde et lopinion israélienne en garde contre Arafat, mais non quil barre la route des Européens et de Yossi Beilin, quand ils déploient leurs efforts pour hisser Arafat sur le chemin de la paix.
Sharon ne doit pas redouter cette éventualité. Parce quil existe de fortes probabilités quArafat refuse demprunter cette voie et que les efforts de paix échouent. Le Premier ministre doit rester confiant dans la description quil donne de la perfidie dArafat./.