Avec le Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) de George Habache, le Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP) constitue «l'aile gauche» de l'OLP de Yasser Arafat. Le secrétaire général du parti, Nayef Hawatmeh, répond aux questions du «Figaro».
Damas : Claude Lorieux
Publié le mardi 31 octobre à 17h37
LE FIGARO. A quand l'arrêt de la nouvelle intifada ?
Nayef HAWATMEH. L'intifada continuera tant que les Palestiniens ne verront pas la lumière au bout du tunnel. Et ce ne sont pas les tanks qui les arrêteront. Nous sommes pour la continuation de l'intifada par des manifestations pacifiques, ou, au maximum, avec des pierres. Mais nous sommes contre l'utilisation des armes de guerre. Nous rejetons également les débordements de la foule, comme à Ramallah (NDLR: deux soldats israéliens lynchés). Nous avons demandé à Arafat de calmer ses milices. La supériorité militaire d'Israël est totale 130 morts chez nous, 5 chez eux
Pensez-vous avoir convaincu Arafat ? Ceux qui ont des armes appartiennent au Fatah de Yasser Arafat. L'Autorité palestinienne n'a donné d'armes qu'aux hommes d'Arafat ! Or, les racines du Fatah, ce sont les Frères musulmans. Quand il était étudiant, Arafat appartenait à cette confrérie. Le Fatah est une organisation nationale, dont certains membres sont ultra-nationalistes, et d'autres islamistes. Nous sommes donc en désaccord avec le Fatah sur bien des principes. On pourrait cependant se diriger vers un compromis, aux termes duquel Arafat retiendrait ses milices et les individus isolés et armés.
S'agirait-il d'une étape vers l'arrêt de l'intifada ?
L'intifada continuera tant que les États-Unis et Israël n'accepteront pas une reprise du processus de paix sur la base de résolutions de l'ONU et n'admettront pas que de nouveaux parrains siègent à côté des États-Unis: la Russie, que Washington ignore, et l'Union européenne, qu'Américains et Israéliens rejettent, ainsi que l'ONU. Yasser Arafat est d'accord.
La direction palestinienne attend-t-elle qu'il y ait 200 ou 300 morts, ou davantage encore, pour mettre un terme à l'intifada ?
Dans les Territoires, les organisations palestiniennes, OLP et Hamas, sont unies. Ce sont elles qui décident, jour après jour, de la conduite des événements. Aujourd'hui, il est impossible de dire comment tout cela évoluera. L'issue ne dépend pas du peuple palestinien, qui vit sous occupation, mais bien d'Israël et de ceux qui le soutiennent. Je veux dire les États-Unis.
Pourquoi cette nouvelle intifada ?
Essentiellement parce que l'accord d'Oslo ne peut pas déboucher sur une paix globale et durable. L'Autorité palestinienne n'est vraiment chez elle que sur 18-% du territoire occupé en 1967. Pendant les premiers dix-huit mois de son gouvernement, Ehud Barak a créé ou agrandi plus de colonies juives que Netanyahu en trois ans.
Êtes-vous conscient que les Israéliens sont anxieux, et qu'ils risquent de porter le Likoud au pouvoir ? C'est à l'initiative du FDLP que l'OLP a changé de stratégie en 1974 et s'est fixée pour objectif un règlement de paix global fondé sur les résolutions de l'ONU. Nous sommes en contact avec les Israéliens du «camp de la paix» depuis 1969. Nous connaissons les différences qui existent entre les partis israéliens, et à l'intérieur même du parti travailliste. Nous ne les mettons pas dans le même panier. Mais, en tentant de former un gouvernement d'unité nationale avec Ariel Sharon, Barak mène une politique très dangereuse pour la paix. Un gouvernement d'unité nationale serait un gouvernement d'agression, d'expansion et de guerre dans la région.
Avez-vous convaincu le Hamas ou le Djihad que, s'ils exagèrent, ils feront le lit d'un gouvernement d'unité nationale ?
Il faut comprendre que les organisations palestiniennes ne sont pas toutes pareilles.
Pourquoi n'allez-vous pas défendre votre position en Palestine plutôt qu'à Damas ?
Je devais rentrer en Palestine en octobre 1999. Ehud Barak était d'accord. Mais il y a eu des manifestations à Tel-Aviv et Barak a gelé mon autorisation. Cela fait un an que j'attends de pouvoir rentrer à la maison.