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Samedi 15 décembre 2001 - 30 Kislev 5762
- Pour la seconde fois cette année, les Etats-Unis ont opposé leur veto à une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies demandant le déploiement d'observateurs en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza, une initiative à laquelle Israël est opposé.
Sur les 15 membres du Conseil, 12 ont voté en faveur de la résolution, les Etats-Unis ont voté contre, la Grande-Bretagne et la Norvège se sont abstenus. Les deux autres pays européens du Conseil - la France et l'Irlande - ont approuvé le texte.
"Malheureusement, la résolution qui nous est soumise ne répond pas à la dynamique en oeuvre dans la région. Son objectif est plutôt d'isoler politiquement l'une des parties au conflit", a déclaré l'ambassadeur américain John Negroponte.
"C'est avec regret que les Etats-Unis ont décidé de faire usage de leur veto pour bloquer cette résolution", a dit Negroponte au cours d'un long débat au Conseil de sécurité.
Le projet de résolution présenté par l'Egypte et la Tunisie encourage "toutes les parties concernées à établir un mécanisme de surveillance" afin de contribuer à établir une "meilleure situation dans les territoires palestiniens occupés." Il condamne tous les actes terroristes, en particulier contre des civils, les exécutions sans procès, le recours excessif à la force et la "destruction des propriétés".
Le texte souligne en outre le "rôle essentiel" de l'Autorité palestinienne, au lendemain de la rupture des relations entre Israël et le président palestinien Yasser Arafat, à qui l'Etat hébreu reproche de n'avoir pas su empêcher le regain de violence de ces dernières semaines dans la région.
- Le chef de la diplomatie européenne, Javier Solana, se rendra sous peu à Washington pour tenter de parvenir à une initiative américano-européenne visant à enrayer la spirale de la violence au Proche-Orient.
Mais au moment où se multiplient en Israël les appels à un renversement du président de l'Autorité palestinienne, les dirigeants européens réunis au sommet de Laeken ont insisté sur le fait que Yasser Arafat restait un partenaire incontournable d'Israël.
"Israël a besoin d'un partenaire pour négocier, afin d'éradiquer le terrorisme, mais aussi d'avancer sur le chemin de la paix: ce partenaire est l'Autorité palestinienne et son président élu Yasser Arafat", estiment les Quinze, dans une déclaration lue vendredi soir par le ministre belge des Affaires étrangères Louis Michel.
Dans ce texte, l'Union reprend les éléments de la déclaration adoptée lundi dernier par les ministres des Affaires étrangères de l'UE, qui avaient pour la première fois demandé aux Palestiniens de démanteler les réseaux terroristes du Hamas et du Djihad islamique et d'appeler à la fin de l'Intifada.
Les Quinze exhortent également Israël à retirer ses forces des territoires occupés et à mettre fin à ses exécutions extrajudiciaires de militants palestiniens.
Ce message sera délivré par Javier Solana.
"Peut-être la décision la plus importante que nous allons prendre demain (samedi) est cette mission de Javier Solana auprès des différentes parties", a déclaré le Premier ministre belge Guy Verhofstadt, soulignant qu'il irait dans les pays arabes, aux Etats-Unis et en Russie.
L'absence d'initiative américaine inquiète par ailleurs l'Europe.
Selon un participant, le Premier ministre britannique Tony Blair a résumé le sentiment général lors du débat.
"Il faut que les Etats-Unis soient plus actifs, sinon on va vers une catastrophe", a-t-il expliqué.
- Tsahal a intensifié la pression sur les Palestiniens, opérant cinq incursions durant la nuit de jeudi à vendredi, tuant six policiers et arrêtant des dizaines de suspects. Sur le plan politique, les responsables israéliens maintiennent que Yasser Arafat n'est plus un interlocuteur valable à leurs yeux et spéculent sur son remplacement
Six membres des services de sécurité palestiniens ont été tués et sept Palestiniens blessés dans une incursion lancée, avant l'aube, par l'armée dans le village autonome de Salfit en Cisjordanie. Les victimes ont péri lors du raid mené par des unités d'infanterie, appuyées par dix chars, au cours duquel trois bâtiments ont été détruits. L'une d'elles a été tuée dans un échange de tirs avec les soldats entrés dans le village
Un porte-parole militaire a confirmé la mort de "cinq Palestiniens armés". Selon lui, "les forces israéliennes qui avaient prévenu à l'avance les habitants de rester chez eux ont riposté à des tirs" et ont soigné les blessés
Quelques heures auparavant, une autre unité d'infanterie, appuyée par des chars, a pénétré dans le village d'Assiya al-Shamaliya, proche de Naplouse, pour procéder à des arrestations. L'armée a annoncé l'arrestation de dix-huit Palestiniens soupçonnés d'"activités terroristes", dont deux membres du Hamas, lors des incursions dans des zones autonomes de Cisjordanie. Mais selon des sources palestiniennes le nombre des personnes arrêtées est plus important
Ces arrestations ont été menées à Salfit, Assira al-Shamaliya, près de Naplouse, et dans deux localités de la région de Hébron, en Cisjordanie, a précisé l'armée. L'armée a notamment appréhendé Mahmoud Chaabana, présenté comme "un terroriste du Hamas" responsable d'attaques armées
Selon des témoins, dans la bande de Gaza, l'armée a complètement détruit quinze bâtiments et en a endommagé sérieusement autant lors d'une incursion dans le camp de réfugiés de Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza. Auparavant, l'aviation avait lancé jeudi soir, pour la deuxième nuit consécutive, des raids contre des objectifs de l'Autorité palestinienne d'Arafat, bloqué en Cisjordanie et plus que jamais pressé d'agir contre les responsables d'attentats
Alors que la pression s'intensifie le ministre travailliste de la Défense Benjamin Ben Eliezer a affirmé que l'Etat hébreu "trouvera d'autres personnes à qui parler que Yasser Arafat". "On peut s'attendre à ce que des personnes émergent parmi les Palestiniens qui voudrons discuter avec nous des questions en suspens", a-t-il déclaré au quotidien Haaretz. Dans une autre interview, le ministre a estimé qu'Arafat est de "l'histoire passée" annonçant que l'armée prépare une escalade des opérations contre l'Autorité palestinienne
En revanche, le principal dirigeant travailliste, le ministre des Affaires étrangères Shimon Peres a estimé qu'Arafat n'est pas encore fini" et a mis en garde contre les "liquidations" de Palestiniens qui risquent de mener à une condamnation internationale d'Israël
Contre son opinion, le gouvernement a décidé jeudi de rompre tout contact avec Arafat considéré "hors jeu", après un attentat palestinien mercredi soir visant des colons en Cisjordanie. Israël a lancé depuis une offensive militaire d'une ampleur sans précédent dans les territoires autonomes de Cisjordanie et de la bande de Gaza
- La crainte d'une " libanisation " du conflit refait surface dans la presse israélienne
L'Orient Le Jour, 14 décembre 2001
La "libanisation" du conflit israélo-palestinien était évoquée hier par deux journaux israéliens, après l'assaut meurtrier contre un bus le jour précédent. Cette attaque, estiment les quotidiens Maariv et Jerusalem Post, rappelle celles du Hezbollah au Liban-Sud avant le retrait de l'armée israélienne du pays du cèdre. L'attaque, qui a coûté la vie à dix Israéliens ainsi qu'à l'un des assaillants palestiniens, est la plus sanglante survenue dans les territoires occupés depuis le déclenchement de l'intifada en septembre 2000. "Il n'y a aucun doute que les hommes du commando ont suivi un entraînement précis sur le modèle des opérations de ce type exécutées par le Hezbollah au Liban", estime le quotidien Maariv. De son côté, le Jerusalem Post affirme que "l'attaque terroriste... ressemble à celles qui ont été lancées par le Hezbollah contre l'armée israélienne et dénote une planification et un savoir-faire poussés". "Ces terroristes qui peuvent s'entraîner en toute impunité ont atteint un haut niveau de discipline", poursuit le Jerusalem Post avant de souligner qu'ils étaient très bien préparés. "Ils portaient l'uniforme militaire israélien et des fusils d'assaut américains M-16", précise le quotidien anglophone. Par la détermination et le sang-froid de ses auteurs, cette attaque du Hamas rappelle celle exécutée le 25 août contre un bastion de l'armée israélienne dans le sud de la bande de Gaza par un commando du Front démocratique de libération de la Palestine (FDLP). À l'époque déjà, Reuven Rivlin, le ministre israélien des Communications, avait évoqué la signature du Hezbollah. Le "modèle" du Hezbollah avait également été évoqué avec l'apparition dans la panoplie des Palestiniens des mortiers, utilisés à grande échelle par les combattants chiites contre l'armée israélienne au Liban-Sud. Suite à l'intensification des tirs de mortiers palestiniens dans la bande de Gaza, les responsables militaires israéliens étaient parvenus à la conclusion que des militants du Hezbollah servaient d'instructeurs aux Palestiniens "L'armée va devoir repenser sa stratégie afin de répondre à l'audace croissante des terroristes", commente le Maariv. Pour le Jerusalem Post, "le recours à des tactiques de guérilla représente une victoire pour les Palestiniens ; une victoire qui inquiète l'armée (israélienne)"
- Washington met en doute la crédibilité de Arafat Burns proclame de Damas la volonté US de sévir contre les " terroristes "
Washington va poursuivre le combat contre les groupes "terroristes", a déclaré jeudi le secrétaire d'État adjoint américain William Burns, lors d'une visite en Syrie, un pays accusé par les États-Unis de soutenir le terrorisme. Le responsable américain, qui venait de rencontrer le président syrien Bachar el-Assad, a également affirmé que son Administration continuait de considérer Yasser Arafat comme le président palestinien et qu'elle voulait continuer à traiter avec sa direction. Mais des responsables américains ont déclaré hier à Washington que les États-Unis ont commencé à mettre en doute la crédibilité du président palestinien en tant que leader, et continueront à faire pression sur lui pour faire cesser la violence anti-israélienne. Ils ont déclaré que des diplomates américains avaient conseillé à plusieurs pays européens de ne pas inviter ou accueillir Arafat au cas où il chercherait à quitter le Proche-Orient pour obtenir des soutiens. "Nous encourageons un certain nombre d'Européens à ne pas inviter Arafat, en leur disant qu'il a un travail à faire chez lui pour traiter le problème de la violence", a déclaré un haut responsable du département d'État sous couvert d'anonymat. M. Burns a indiqué avoir évoqué "la question des relations de la Syrie avec le Hamas, le Jihad islamique (palestiniens) et le Hezbollah", qui ont revendiqué de nombreuses attaques anti-israéliennes et qui sont considérés comme des groupes terroristes par les États-Unis.