Richard Odier, secrétaire général du Centre Simon Wiesenthal-Europe appelle à la vigilance lors du « Sommet mondial sur le développement durable » à Johannesburg
Interview par Véronique Chemla pour Guysen Israël News
23 juillet 2002 / 15:00
Du 26 août au 4 septembre 2002, se tiendra à Johannesburg (Afrique du Sud) le « Sommet mondial sur le développement durable » dans le cadre onusien. Près dun an après la conférence de Durban, de nombreuses associations salarment des risques de nouvelle confiscation dune tribune internationale au profit de la seule cause palestinienne, et surtout de déferlements de diatribes et de résolutions anti-israéliennes ou anti-juives. Explications de Richard Odier, secrétaire général du Centre Simon Wiesenthal-Europe (CSW-Europe) qui préserve la mémoire de la Shoah et lutte contre le racisme et lantisémitisme.
Véronique Chemla : Plus de 50 000 personnes seront présentes lors de la conférence qui aura lieu à Johannesburg. Que craignez-vous ?
Richard Odier: Cette conférence sur lenvironnement intéresse a priori les Juifs comme citoyens du monde. Mais le risque est son détournement en sommet contre les Juifs et contre Israël. Le CSW-Europe a alerté les délégués de lUnion Européenne avant Durban que cette conférence contre le racisme deviendrait une tribune contre Israël. Des résolutions aberrantes y ont dailleurs été votées : juger les soldats israéliens devant le Tribunal Pénal International, etc. Human Rights Watch et Amnesty International se sont désolidarisés de ces textes choquants. A Durban, des Saoudiens ont distribué des croix gammées et Les Protocoles des sages de Sion, et fait venir 15 000 personnes ! Marc Knobel, chercheur au CSW-Europe, a rédigé une étude sur les Organisations Non Gouvernementales (ONG) pro-palestiniennes publiée dans le Bulletin n° 3 (juin 2002) de LObservatoire du monde juif. Il en liste de nombreuses qui seront présentes à Johannesburg pour aborder les thèmes du développement durable.
Véronique Chemla : Quelles actions avez-vous menées pour informer de ces dangers ?
Richard Odier: De nouveau, nous disons aux autorités occidentales : « Ne commettez pas les mêmes erreurs quà Durban ». Dautant que le site internet de la Ligue arabe a prévenu de sa volonté dagir à Johannesburg comme à Durban. Nous avons rencontré en France Nicolas Sarkozy, Ministre de lIntérieur, Noëlle Lenoir, Ministre déléguée aux affaires européennes, des responsables du Conseil de lEurope, etc. Nous allons solliciter un rendez-vous au ministère de lEnvironnement et dresser un bilan de nos actions communes avec le Bnai Brith. Les Européens ont tiré les leçons de Durban et les ONG sont vigilantes. Il y a quelques mois, le CSW-Europe a été interdit de toute participation à Téhéran à lune des réunions préparatoires de ce Sommet. Certaines ONG ont alors protesté...
Véronique Chemla : Comment peut-on détourner un sommet international de sa finalité ?
Richard Odier: Cest simple : par lusage de majorités lors des votes des résolutions. Les Etats-Unis ont alors le même poids que le Soudan. Les Etats-Unis se sont finalement retirés de Durban. A Johannesburg, ce serait dommage car là, vont souvrir des chantiers immenses concernant notamment la protection des ressources naturelles. Dans un sommet international, les débordements sont toujours possibles, mais quils ne soient pas relayés par les pays présents. Et quau moins lon traite le thème de ce Sommet. Lenjeu est lécologie, pas Israël.
Véronique Chemla : Pourriez-vous donner des exemples de laction menée par la Ligue arabe ?
Richard Odier : Lors de ses réunions (1er décembre 2001 et 28 janvier-8 février 2002), la Ligue Arabe a déclaré quelle était intéressée par la protection de lenvironnement, mais quavant toute action en ce sens, il fallait supprimer lembargo contre lIrak et faire cesser « loccupation par Israël de la Palestine ». Au sommet du Caire (Egypte) le 24 octobre 2001, « la Palestine, la Syrie et le Liban ont proposé la création dun Tribunal des crimes environnementaux similaire à celui des crimes de guerres afin de juger les problèmes environnementaux liés à loccupation militaire israélienne ». LIrak a estimé quun tel Tribunal devrait juger tous ces problèmes environnementaux, quel que soit le pays. LArabie Saoudite a alors relevé quune telle institution serait comme « une épée à double tranchant ». La déclaration finale précise dans son article 8 que les efforts des pays arabes en faveur de lenvironnement seraient entravés par « linstabilité résultant de labsence de paix et de sécurité dans la région et lincapacité de la communauté internationale de résoudre loccupation des territoires palestiniens et arabes sur des bases justes et équitables, en conformité avec les résolutions de lONU ».
Le Syrian Times, organe de presse officiel, a relaté les décisions prises le 25 mai 2002 par le bureau exécutif du Conseil des ministres arabes de lenvironnement à lissue de sa 28e réunion à Damas : renforcer la préparation aux travaux de la première conférence islamique des Ministres de lEnvironnement qui prépare le Sommet de Johannesburg, demander à lAutorité Palestinienne de préparer « un rapport sur les pratiques dIsraël transportant des produits toxiques dans les Territoires et un dossier complet sur les destructions de lenvironnement palestinien à la suite de lagression israélienne, afin de faire circuler ce document dans les organisations régionales et internationales et lors du Sommet de Johannesburg, etc. Lassistant du secrétaire général pour les questions économique, Abdul Rahman al-Suheibani, a déclaré que laction la plus importante à mener était dachever les préparatifs arabes du Sommet de Johannesburg, comme cela avait été fait à Damas en 1991 avant le Sommet de lenvironnement à Rio de Janeiro (1992) ».
Fondé en 1977, le CSW est une organisation internationale qui poursuit les criminels nazis, assure la préservation de la mémoire de la Shoah notamment par lenseignement de la tolérance. Il lutte contre lantisémitisme, le racisme et le terrorisme. Il sintéresse aussi au conflit au Moyen-Orient, surveille les groupes néo-nazis et généralement les mouvements extrémistes, reste attentif à lenseignement de la haine sur internet, aide les victimes du génocide au Rwanda, etc. Il est reçu par les chefs dEtats et de gouvernements, les diplomates aux Etats-Unis, en Europe, etc. Il est accrédité comme ONG auprès de lUNESCO et de lONU. Ses bureaux sont à Los Angeles, New York, Toronto, Miami, Jerusalem, Paris et Buenos Aires.
Il propose notamment un CD-Rom : « DIGITAL HATE 2002 ». Cest une compilation de sites web qui diffusent lidéologie néo-nazie, encouragent les bombes humaines et prônent la haine des Juifs, Noirs, Turcs, etc. par des jeux.
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