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Enquête et analyse / Monde arabe
Le 28 juillet 2002 - N° 104
Développement humain dans le monde arabe :
Une étude des Nations unies
Sous les auspices communs du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et du Fonds arabe pour le développement social et économique, une récente étude intitulée Rapport 2002 sur le développement humain dans les pays arabes (Créer des opportunités pour les générations futures) a évalué le développement humain dans 22 pays arabes de façon franche pour ne pas dire tranchée. (1)
Méthodologie des principales découvertes
Le PNUD a coutume de mesurer lIndex de développement humain selon les quatre variables suivantes : lespérance de vie, lalphabétisation chez les adultes, le taux dinscrits dans les établissements denseignement et le Produit Intérieur Brut par tête dhabitant. (2) Ce rapport dépasse les critères traditionnels du PNUD en ce quil évalue le développement humain sur la base de trois " insuffisances " : le manque de liberté, le statut inférieur de la femme et le manque dinstruction relatif au revenu. (3)
I - Labsence de liberté
Bien que la liberté soit, de lavis général, un concept difficilement quantifiable, les auteurs du rapport ont conclu, en se basant sur des critères dévaluation utilisés dans le monde entier, que les pays arabes ont le plus faible index de liberté au monde, plus faible même que celui de lAfrique subsaharienne. Les critères ou indicateurs employés ont été appliqués à divers aspects du processus politique, des libertés civiles, des droits politiques et de lindépendance des médias. Les données indiquent aussi que la région arabe " figure en dessous de toutes les autres régions pour ce qui est de la liberté dexpression et de la responsabilité [devant le public] ". (4)
II Le statut des femmes
Si lon peut noter un progrès de lintégration des femmes à lenseignement du primaire, leur statut reste inférieur aux normes admises, leur participation à la vie politique étant est très limitée, à peine plus élevée que celle des femmes de lAfrique subsaharienne, lesquelles demeurent au bas de léchelle. Alors que les femmes représentent 50% de la population, leur pourcentage au Parlement arabe est de 3.5. Un autre indice du faible pouvoir des femmes est le bas niveau détudes atteint, défini par le taux élevé dillettrisme, lequel place les pays arabes tout au bas de léchelle. Le rapport estime quenviron 65 millions dArabes sur une population totale de 280 millions sont illettrés. Parmi eux, deux tiers sont des femmes. (5)
III Le faible niveau dinstruction relatif au revenu
Le rapport souligne lutilisation insuffisante et inefficace des ressources humaines dans la région, due à des systèmes éducatifs inadaptés et au taux important dillettrisme mentionné plus haut. Un enseignement inadapté signifie un mauvais accès à lacquisition des connaissances. Le rapport se réfère au nombre dhôtes Internet pour 1000 comme indicateur de laccès à la connaissance, concluant que les pays arabes ont le plus bas niveau daccès aux Technologies dinformation et de communication, plus bas encore que lAfrique subsaharienne. (6) Le rapport attribue ce piètre accès à labsence de politique nationale dinformation qui " définirait des buts et des priorités, coordonnerait les différents secteurs et proposerait des choix stratégiques pour la création dune infrastructure et le développement des ressources humaines et de linformation. " (7)
Un autre indice de laccès insuffisant à la connaissance est le peu de fonds octroyés à la Recherche et au Développement. Les frais quils ont occasionnés comme pourcentage du PIB étaient de simplement 0.4% pour le monde arabe en 1996, contre 1.26% en 1995 au Cuba, 2.35% en 1994 en Israël et 2.9% au Japon. (8)
Le rapport se réfère aussi à la situation de la jeunesse en tant que sous-ensemble de lacquisition de la connaissance. Sur la base denquêtes conduites dans un certain nombre de pays, 51% de jeunes appartenant à la tranche dâge supérieure ont exprimé leur désir démigrer dans dautres pays, en raison de leur " insatisfaction face aux conditions actuelles et aux perspectives davenir dans leurs pays dorigine ". Ainsi, " le fossé entre les aspirations et leur réalisation a dans certains cas engendré détachement, apathie et insatisfaction. " (9)
Ces découvertes ont conduit le Dr Rima Khalaf, administratrice adjointe du PNUD et directrice du Bureau régional des Etats arabes à éveiller lattention face à ces " insuffisances qui, si elles persistent, deviendront insurmontables aux Arabes ". (10) Il nest guère étonnant que le rapport ait reçu un accueil mitigé de la part des médias égyptiens : " Soit cest la presse qui nest pas libre, soit le rapport nest pas suffisamment intéressant ". (11)
Problèmes de croissance économique
Le Produit Intérieur Brut de tous les Etats arabes réunis était de 531.2 milliards de dollars en 1999 moins que celui dun seul pays européen (à titre dexemple, le PIB de lEspagne sélevait à 595.5 milliards). Entre 1975 et 1998, le PIB réel dans le monde arabe est passé de 256.7 milliards en 1975 à 445.7 milliards de dollars en 1998, en prix constants. Le rapport indique toutefois dimportantes fluctuations de la courbe de croissance par sous-périodes (8.6% entre 1975 et 1980 ; 0.7% entre 1982 et 1990 ; 3.8% entre 1990 et 1998). Ces fluctuations reflètent essentiellement lactivité du marché du pétrole dont dépend le monde arabe. (12)
Si lon prend en considération la croissance de la population, le revenu réel par tête dhabitant pour la période sétalant entre 1985 et 1998 a connu une croissance très lente, denviron 0.5% par an " en fait, une situation de quasi-stagnation ". (13) Léconomiste libanais Samir Sabah, qui écrit au quotidien arabe Al-Hayat, édité à Londres, a précisé quavec un tel taux de croissance, il faudrait 140 ans (les statistiques indiquent quil faut en fait 144 ans !) au citoyen arabe pour doubler son revenu. (14) Dans le domaine de lagriculture, une personne possédait en 1970 une moyenne de 0.40 hectares de terres cultivées, moyenne qui est passée à 0.24 hectares en 1988. (15)
Les " macro variables critiques " affirme le rapport, sont encore en dessous de la norme dans les domaines de lemploi, léconomie, la productivité et les exportations autres que le pétrole. Avec une moyenne de 15%, le chômage dans les pays arabes connaît lun des taux les plus élevés des pays en voie de développement ". Le rendement commercial est par ailleurs resté faible, la région étant encore relativement fermée. Dans certains pays, les tarifs sont élevés et les barrières non-tarifaires demeurent importantes. (16)
Le rapport, se basant sur les données de lOrganisation des Nations unies pour le développement industriel, indique que la productivité du travail industriel était en 1990 considérée comme équivalente à celle de 1970, " proche des niveaux européens et japonais. " Le rapport parvient à la conclusion inévitable que " face à la hausse de la productivité des autres pays, cela correspond à un déclin significatif. " (17)
Linsuffisance générale des variables macroéconomiques est concomitante à lincapacité grandissante de lEtat à encourager une rapide croissance et à répondre aux exigences de développement humain dans des domaines clé comme la santé et léducation. Toutefois, " les dépenses gouvernementales en tant que pourcentage de PIB sont plus élevées que dans dautres régions en voie de développement. " (18)
La dimension israélienne
Alors que le rapport exclut Israël de ses analyses, il ne lépargne pas de critiques sévères portant sur " loccupation illégale de terres arabes " (19) Il attribue tous les disfonctionnements politiques, sociaux et économiques du monde arabe à loccupation de la rive Ouest de Gaza. Le rapport affirme que " l occupation jette un voile sur la vie politique et économique de toute la région. " Sans données tangibles susceptibles détayer ces affirmations, le rapport conclut que " de toutes ces façons, loccupation gèle la croissance, la prospérité et la liberté dans le monde arabe ". (20)
Pour des raisons qui leur sont propres, les auteurs du rapport ont ignoré deux des événements qui ont le plus déstabilisé le Moyen-Orient ces deux dernières décennies, et dont les répercussions se font encore sentir aujourdhui. Lun est la guerre Iran-Iraq et lautre linvasion du Koweït par son voisin du Nord. Il est difficile de croire que la pauvreté dun pays riche en pétrole comme lArabie Saoudite résulte de loccupation de la rive Ouest de Gaza. Il y a tout juste quelques jours, le quotidien Al-Qods al-Arabi racontait lhistoire des nécessiteux de Riad, capitale dArabie Saoudite, qui attendent à lentrée des palais princiers dans lespoir que quelques gouttes deau potable séchappent de leurs robinets. (21)
Conclusion
Le Développement humain a été défini dans le rapport comme un " processus délargissement des choix. " (22) Toutefois le rapport, élaboré par des universitaires arabes, montre que les choix se rapportant à des secteurs vitaux comme la santé, léducation, légalité des sexes et principalement la participation et la direction politiques, ne se développent pas assez rapidement et, dans certains domaines et en comparaison avec dautres régions du monde, régressent. Pour reprendre les termes de léditorial du quotidien koweïtien Al-Watan sur le rapport, " Les Nations Unies : Les Arabes vivent encore au Haut Moyen-Âge ". (23) Cest lauteur principal du rapport qui résume le plus clairement la situation: " Une personne qui nest pas libre est pauvre. Une femme qui na aucun pouvoir est pauvre. Et une personne qui na pas accès à la connaissance est pauvre. " (24)
* Le Dr Nimrod Raphaeli est chargé des analyses du programme détudes économiques du Moyen-Orient pour MEMRI. (24) ~
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