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Dépêche Spéciale Iraq / Etudes économiques
Le 22 mai 2002
Comment lIraq contourne les sanctions de lONU
Dans un récent article du quotidien arabe Al-Hayat, diffusé à Londres, le reporter Hazem Al-Amin montre comment les autorités iraquiennes contournent le régime de sanctions en achetant les amitiés et en sassurant des revenus illicites. Daprès M. Al-Amin, deux procédés sont utilisés : lusage détourné du programme " Pétrole contre denrées alimentaires " géré par les Nations Unies ainsi que la contrebande de pétrole via la Syrie, mais aussi la Jordanie, la Turquie et les voies navigables. Voici un compte-rendu de larticle de M. Al-Amin : (1)
La voie jordanienne
Les relations de lIraq et la Jordanie sont un exemple. La route qui sépare Amman de Bagdad est encombrée de cargaisons et de pétroliers. Les transactions importantes, générant dimportants profits, sont fréquentes. Les dirigeants iraquiens sont réputés pour leur " générosité " envers ceux qui soutiennent leur cause, et le financement iraquien des journaux jordaniens nest un secret pour personne. Les journalistes payés par lambassade iraquienne peuvent se permettre de critiquer le gouvernement jordanien et même son aspect monarchique, mais jamais lIraq. Le financement des journaux jordaniens se fait aussi au moyen de contrats commerciaux. Dans un accord conclu avec un journal jordanien, il était prévu que celui-ci se charge de la publication des manuels scolaires iraquiens. Un autre exemple est lengagement dun journal jordanien à imprimer leurs logos officiels sur toutes les fournitures de bureau des ministères iraquiens. Al-Amin note que le gouvernement jordanien est actionnaire de ces journaux et que ces transactions lui sont profitables.
Manipulations commerciales
Dans le cadre du programme " Pétrole contre denrées alimentaires ", les fonds provenant du pétrole sont déposés sur un compte spécial géré par les Nations unies dans le but déclaré dempêcher lIraq dutiliser ces revenus pour lachat darmes ou dautres formes déquipement militaire. Ce compte spécial sert à rembourser les exportateurs et les fournisseurs de biens exportés à lIraq après assentiment des Nations unies. Toutefois, cest le gouvernement iraquien qui négocie les affaires avec exportateurs et fournisseurs. A ce stade, les deux côtés (gouvernement et exportateurs) ont la générosité dajouter une marge importante, de 10% minimum, au prix négocié. La marge supplémentaire de profit illicite (connue sous lappellation transfert de tarification) est ensuite transférée en espèces au Trésor iraquien ou à un particulier désigné par le gouvernement.
Une autre façon de contourner le régime de sanctions est dimporter des matières premières dans le cadre du programme " Pétrole contre denrées alimentaires ", lesquelles ne sont pas destinées aux marchés locaux mais à la réexportation, des profits illicites étant escomptés : par exemple, des quantités de blé importées sont revendues à des commerçants locaux qui les exportent comme sil sagissait dun produit du pays. LIraq revend le blé à un prix inférieur de ce que lui en a coûté limportation, autorisant une marge de profit dont bénéficient les sociétés de commerce locales, marge qui permet aussi de parer au coût de la réexpédition.
Contrebande pétrolière
Il existe dautres procédés, parfois même plus efficaces, utilisés par lIraq pour contourner le régime de sanctions. Comme dans bien dautres pays en voie de développement, en Iraq " le commerce et la politique sont étroitement liés ", remarque M. Al-Amin, ce qui semble clair quand on sait que lélite gouvernante contrôle fréquemment léconomie et monopolise les activités économiques. En Iraq, la plupart des sociétés de commerce sont la propriété des membres du parti Baath au pouvoir ou de leur progéniture, des syndicats, activistes et de certaines personnalités médiatiques, ce qui fait de ces sociétés un " grand bazar politique ". (2) Les sociétés étrangères, à qui il est interdit de faire directement affaire avec le gouvernement iraquien, passent par lintermédiaire dun représentant iraquien doté dune certaine influence politique. Certains commerciaux, surtout parmi ceux originaires du Qatar, concluent des contrats par le biais de ces agents, dans le but dacquérir du pétrole iraquien de contrebande à prix réduit. Une fois que le pétrole arrive au Qatar, on y appose un nouveau " certificat dorigine " avant de le commercialiser sur les marchés internationaux.
Le problème est que la plupart des bateaux utilisés pour la contrebande de pétrole ne sont pas navigables et provoquent de sérieux dégâts écologiques dans le Golf. (3) Daprès le Bureau maritime international, les contrebandiers embarquent de nuit, traversant la voie non navigable de Shatt Al-Arab, entre lIraq et lIran, prétendant pointer vers des ports iraniens. Puis ils changent de cap et se dirigent vers le nord pour aller chercher le pétrole aux terminaux iraquiens. Ils repartent en empruntant les eaux iraniennes, payant parfois des frais de passage. Une étude sur le sujet affirme que les contrebandiers paient à lIran 50 dollars la tonne métrique en eaux iraniennes. (4)
Contrats spéciaux pour les amis du régime iraquien
De nombreux éléments montrent que lIraq utilise le programme " Pétrole contre denrées alimentaires " pour soctroyer le soutien des écrivains, artistes, chanteurs et journalistes dun bout à lautre du monde arabe. Une des manières de sassurer leur soutien, selon un officiel iraquien qui a trouvé refuge à Amman, est de fournir aux individus un coupon leur permettant de recevoir une certaine quantité de pétrole, soit gratuitement, soit à prix réduit. Le bénéficiaire du coupon utilise les services dun agent local pour vendre ce coupon à une compagnie étrangère. Lacheteur le soumet au SOMO (lOrganisation de marketing du pétrole de lEtat) qui, à son tour, pompera le pétrole à travers le pipeline iraquo-syrien au profit de lacheteur, responsable du chargement du pétrole. Plusieurs estimations ont été faites quant au volume des exports iraquiens vers la Syrie par le pipeline Kirkuk-Banian : il est vraisemblablement proche des 250 000 dollars de barils par jour. (5) La probabilité que cet argent soit utilisé pour lachat darmes de destruction de masse iraquiennes est forte.
Une autre forme de revenu illicite est la surtaxe spéciale de $0.25-0.40 perçue par le SOMO sur chaque baril de pétrole vendu par lIraq. Bien que toute surtaxe ait été déclarée illégale dans le régime de sanctions des Nations unies, la plupart des commerçants sont prêts à la payer pour maintenir de bonnes relations avec le SOMO. Les nombreuses tentatives des Nations unies pour en revenir à un régime de post-tarification du pétrole iraquien ont apparemment échoué.
Le régime des nouvelles sanctions pas de véritable changement
Le 14 mai, le Conseil de Sécurité a approuvé un régime de sanctions rectifié à légard de lIraq. Bien que nayant pas droit aux articles qui pourraient faire double emploi (militaire et civil) tels certains camions et appareils de communication, lIraq peut tout importer, du moment que le Conseil de Sécurité puisse effectuer un passage en revue rapide.
Depuis 1996, année où le programme " Pétrole contre denrées alimentaires " est entré en vigueur, les fonds provenant du pétrole ont été, et continueront dêtre déposés sur le compte spécial géré par les Nations unies et lIraq poursuivra, sans nul doute, ses manuvres pour contourner le système et générer des revenus illicites. ~
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