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Dépêche Spéciale Egypte
Le 23 avril 2002
Moubarak écarte lidée de la guerre contre Israël ; les journaux pro-iraquiens attaquent le président égyptien
Dans une interview accordée le 13 avril 2002 au directeur de lhebdomadaire égyptien Akhbar Al-Youm, le président égyptien Hosni Moubarak a une fois de plus affirmé : " Nul ne poussera lEgypte à entrer en guerre contre Israël. " De nombreux directeurs de journaux égyptiens gouvernementaux ont récemment exprimé le même point de vue. (1)
Les déclarations du président Moubarak ont été la cible dAbd El-Bari Atwan, directeur du quotidien arabe Al-Qods al-Arabi, diffusé à Londres (connu pour son affiliation à lIraq). Dans certains de ses récents articles, M. Atwan sest exprimé en faveur dune offensive militaire contre Israël, exigeant par ailleurs que lEgypte et la Jordanie rompent toute relation avec lEtat hébreu. Il a aussi appelé les masses arabes à renverser leurs régimes. Voici quelques extraits de linterview de Moubarak et de la réaction de M. Atwan.
Linterview
Question : Monsieur le Président, certains craignent que la barbarie dIsraël à lencontre des Palestiniens nous fasse tomber dans le piège de la guerre avec Israël, guerre quencouragent les chaînes de télévision arabes qui diffusent leurs programmes depuis les Etats arabes
H. Moubarak : Je nai pas pour habitude de prendre des décisions dans le seul but de contenter lhomme de la rue. Toutes mes décisions, depuis que je suis président dEgypte, ont été prises pour le bien du peuple égyptien en particulier, et des peuples arabes en général. Je ne cherche pas à être glorifié par ceux qui désirent que nous retournions en arrière. Je ne mintéresse pas aux médias qui sexpriment contre moi ou contre la politique égyptienne, parce que je sais mieux queux ce qui est néfaste et ce qui est avantageux pour les affaires arabes.
- Il y en a qui réclament, par le biais des chaînes satellites arabes, la guerre contre Israël, en réaction à sa barbarie Je ne tiens pas à revenir sur ce que jai déjà dit plusieurs fois, que la violence entraîne la violence : la preuve en est que les opérations barbares menées par larmée israélienne contre les Palestiniens ont engendré des opérations suicide de jeunes Palestiniens ayant perdu tout espoir.
En réponse à une autre question portant sur lappel à la guerre contre Israël, le président Moubarak a déclaré :
- Les auteurs de ces incitations à la guerre ne savent pas de quoi il retourne. Seuls ceux qui ont participé à une guerre en connaissent les conséquences et les horreurs. Le peuple [égyptien] ma chargé de préserver sa sécurité et sa stabilité, et jai juré de défendre les intérêts du peuple et de préserver lintégralité de ses terres, douvrir les portes de la joie de vivre, de la prospérité et de la sécurité aux générations [futures]. Le devoir qui mengage auprès de mon peuple est celui daccomplir ce que le peuple attend de moi.
- Le peuple égyptien a souffert seul, et plus que les autres, des catastrophes et des drames engendrés par les guerres. Je ne critique pas les décisions de mes prédécesseurs ; au contraire, je suis convaincu quils navaient, à lépoque, dautre recours que la guerre. Mais aujourdhui, la situation est différente, et les moyens aussi ont changé. Nous avons la preuve que la violence ne fait quengendrer plus de violence ; cest pourquoi la guerre narrangera pas les choses entre Palestiniens et Israéliens, et ne conduira pas à la sécurité et la paix nécessaires.
- LEgypte a été le premier pays à déclarer que la paix peut accomplir ce que la guerre est impuissante à accomplir. La justesse de ce principe a été prouvée au cours des négociations que lEgypte a menées avec Israël pour arriver à la paix, à partir dune position de force et non de faiblesse. Les pourparlers ont permis à lEgypte de récupérer chaque pouce de territoire égyptien occupé. La Jordanie a agi de manière identique et à notre grande surprise, la direction palestinienne elle-même sest laissée convaincre en signant les accords dOslo Il ny a quen sasseyant à la table des négociations quon mettra fin à la violence et aux coups que séchangent Palestiniens et Israéliens Parallèlement, on a bien vu que la guerre ne mène à rien, si ce nest à une haine accrue
- Vous minterrogez sur les tambours de guerre que lon entend ces jours-ci. Je vous dis que larmée égyptienne a pour seul intérêt et unique but de défendre son pays, préserver ses frontières et déjouer toute tentative dagression contre lEgypte. Pendant longtemps, nos forces armées ont rempli cette obligation suprême. Elles sont aussi capables de défendre leur pays, de protéger leur peuple et de vaincre leurs ennemis, comme le stipule la constitution. En plus de ces principes sur lesquels tous sont daccord, il est de mon devoir de rappeler que larmée égyptienne nest pas une armée de mercenaires et ne se bat pas uniquement pour se battre. LEgypte a sacrifié quelques 120 000 martyrs ; nous avons essuyé des pertes de dizaines de milliards, ce qui nous a obligés à interrompre nos projets de développement, lun après lautre. Mais nous ne regrettons pas ce sacrifice ; nous faisons des sacrifices et continuerons den faire pour nos frères palestiniens ; nous continuerons de fournir fidèlement des efforts pour mettre un terme à leur souffrance et les aider, du mieux que nous pouvons, à reconquérir leurs droits et leur souveraineté sur leur terre, reconnue comme telle par les instances internationales. (2)
Réaction de M. Atwan
Dans un article paru en première page dAl-Qods al-Arabi et intitulé " Le président Moubarak et ses priorités ", Atwan a répondu de la façon suivante :
Le président Moubarak répond à des centaines de milliers de manifestants égyptiens, hommes dhonneur, qui exigent que larmée de leur pays agisse contre les massacres israéliens en Palestine en déclarant : " Larmée égyptienne na dautre intérêt ou but que de défendre son pays, préserver ses frontières et déjouer toute offensive contre lEgypte "
- Le président Moubarak devrait peut-être se souvenir que quand larmée égyptienne a pris part, sous commandement américain, à la guerre du Golf, elle ne se battait pas dans le but de défendre lEgypte et ses intérêts autrement, le commandant de lunité envoyée dans le Golf naurait pas démissionné, et les soldats égyptiens ne seraient pas tombés dans les bras les uns des autres en sembrassant à chaque fois quun missile iraquien atteignait les quartiers généraux des forces américaines ou sécrasait en Israël.
- Même si le président Moubarak ne veut pas se battre pour défendre lhonneur de la nation arabe et la religion de lislam , il vaudrait mieux pour lui quil ne le rappelle pas matin et soir. Il rassure ainsi Sharon sur la sûreté de la frontière égyptienne, ce qui lencourage à poursuivre sans crainte ses massacres. Personne ne souhaite que lEgypte plonge ses enfants, fils et défenseurs de la nation arabe, dans un massacre réglé par Sharon au moment qui larrange. Cela ne justifie toutefois pas le retrait total des forces militaires égyptiennes de léquation comme si lEgypte était la Suisse ou la Suède.
- Laspect le plus dangereux des déclarations du président Moubarak est quelles envoient à Sharon un message clair : lEgypte, qui se lave les mains des Palestiniens, qui a mis une croix sur la frontière Nord et sur une grande partie de sa sécurité pan-arabe, est aussi capable de tourner le dos à la Syrie et au Liban
- LEgypte sest développée et a prospéré politiquement, économiquement et militairement quand ses dirigeants savaient quelle position tenir et quel rôle jouer dans la région. Muhammad Ali, qui a mis en place les fondations de la prospérité égyptienne, a envoyé larmée égyptienne à Al-Sham [Syrie] et dans la péninsule arabique, atteignant presque Istanbul [au début du 19ème siècle]. Qoutuz, commandant mamelouk [égyptien], ne sest pas arrêté à la frontière égyptienne : il la franchie pour entrer en Palestine, a affronté les Tartares et les a battus à Ein Jalut [1260]. Saladin Al-Ayoubi a agi de même, quittant lEgypte pour se mesurer aux Croisés à Hittin [1187] non dans le but unique de libérer Jérusalem, mais aussi dans celui de défendre lEgypte et sa sécurité.
- Jespérais que le président Moubarak sabstiendrait de faire léloge des négociations de Camp David [1978], et éviterait de les présenter comme le modèle parfait qui a permis à lEgypte de récupérer jusquau dernier pouce de son territoire. Il sait parfaitement que lEtat hébreu a récolté des gains stratégiques, et que les concessions faites dans le désert du Sinaï sont bien modestes par rapport aux pertes essuyées. LEgypte na récupéré ses terres grâce aux négociations quà lissue de la guerre doctobre [1973], quelle a menée avec sa sur la Syrie et avec le soutien des autres pays arabes, essentiellement les Etats du Golf dirigés par lArabie Saoudite. Ce sont ces pays qui ont introduit le terme " pétrole " dans le lexique politique et militaire, faisant du pétrole lune des armes les plus puissantes et les plus dangereuses qui soient.
- Jespérais aussi que le président Moubarak ne nous reprocherait pas, à nous Arabes, le sacrifice de plus de 120 000 martyrs et les pertes de plusieurs dizaines de milliards, qui lont forcé à interrompre ses projets de développement. Le président sait bien que les pays arabes nont jamais hésité à soutenir leffort de guerre égyptien. De plus, lEgypte a reçu 50 milliards daide américaine depuis la signature des accords de Camp David, pour avoir renoncé à la guerre et à ses obligations pan-arabes.
- [Hosni Moubarak prétend que] les guerres pour la défense de la sécurité pan-arabe et le droit arabe à la Palestine ont fait dérailler son projet de développement. Mais cela fait trente ans exactement que lEgypte nest pas en guerre. Où sont ces projets de développement - Léconomie égyptienne se porte-t-elle mieux aujourdhui quil y a trente ans -
- Si le président Moubarak refuse la guerre parce quil en connaît les horreurs , nous espérons quil va au moins cesser dexercer des pressions sur les Palestiniens et leurs dirigeants pour les faire plier aux combines de Sharon et des Etats-Unis, lesquels cherchent à obtenir un cessez-le-feu humiliant et à imposer le lever du drapeau de la capitulation en échange de rien. (3) ~
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