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Dépêche Spécial Egypte / Recherches sur le djihad et le terrorisme
Le 14 mars 2002
Un hebdomadaire égyptien : Les Etats-Unis, Israël et la Turquie sont " le véritable axe du mal "
Dans lhebdomadaire égyptien Al-Ahram (numéro du 7 au 13 mars), financé par le gouvernement, le journaliste Galal Nassar explique que le véritable " axe du mal " nest pas constitué de lIran, lIraq et la Corée du Nord, mais des Etats-Unis, Israël et la Turquie, liés par une relation stratégique. Voici quelques extraits de larticle :
Les plans turcs des Etats-Unis ont pour but de morceler lIraq puis lIran
Debout sur le seuil de la Maison Blanche, le mois dernier, à la suite dune audience avec le président américain George Bush, le Premier ministre turc Bulent Ecevit a fièrement annoncé que la Turquie était devenue une " force mondiale ". La Turquie est aujourdhui le partenaire officiel de lAmérique dans ses efforts de redistribution politique à échelle internationale, de lutte anti-terroriste et détouffement des mauvaises forces que seraient lIraq, lIran et la Corée du Nord. Mais le mal est dans lil de celui qui les contemple. Pour les Arabes et les orientaux de manière générale, le pacte de sécurité émergeant entre les Etats-Unis, Israël et la Turquie promet davoir de malheureuses conséquences.
La Turquie est encore en proie à une écrasante crise économique. Et pourtant, la rencontre Ecevit-Bush na porté que marginalement sur ces questions bilatérales de moindre importance. Les deux hommes ont préféré se concentrer sur des tâches internationales de la plus haute importance, sur les régions où les Etats-Unis comptent déplacer un ou deux pions, faire de lordre sur léchiquier, et se rendre la vie plus facile, ainsi quà ceux qui sont prêts à être de la partie.
La Turquie est plus que prête. Ankara sera à la tête des forces internationales à la fin du mandat du Royaume-Uni en Afghanistan. Elle a un doigt dans dautres tartes mondiales : lAsie centrale, le Moyen-Orient, la Méditerranée, les Balkans, Chypre, la mer Egée, le plateau du Caucase, le pétrole de la mer Caspienne. Et voici tout juste sorti du four le plat principal de ce somptueux banquet mondial : la jointe offensive contre lIraq.
Des plans pour une offensive imminente contre le régime de Saddam Hussein ont été mis sur pied. Ecevit les a revus au cours de sa visite à Washington. Les militaires chargés de la planification envisagent de procurer des armes et de largent aux 70 000 combattants kurdes en Iraq du Nord ainsi quà la force mineure représentée par les combattants irréguliers en Iraq du Sud et de les envoyer contre Saddam Hussein, assistés par les forces aériennes des Etats-Unis. Dans une phase ultérieure, les forces spéciales américaines et des rangées de tanks turcs marcheraient sur Bagdad
Bush et Ecevit semblent avoir achevé leurs plans pour une offensive jointe contre Bagdad. Ils ont vraisemblablement débattu des diverses façons dimposer un blocus militaire, économique et politique à Téhéran. Voilà donc le sort des deux tiers de laxe du mal réglé. La Corée du Nord peut être laissée à ses plus proches voisins de la ceinture du Pacifique en Asie.
La formation dun nouvel axe du mal : Les Etats-Unis, la Turquie et Israël
Nous navons pas affaire ici à un axe du mal subissant une attaque, mais plutôt à la formation dun axe du mal. La coopération entre les Etats-Unis, Israël et la Turquie sest renforcée à travers une succession daccords de sécurité et daccords militaires. Le rôle de la Turquie est central dans les plans de cet axe. Elle représente un premier empiètement susceptible de mener laxe là où il naurait pas pu aller sans elle, en tous cas pas aussi facilement. La Turquie, avec sa foi islamique, sa constitution laïque, son histoire impériale et sa localisation en Europe, peut jouer le rôle de scalpel préliminaire dans lopération chirurgicale de restructuration que les Etats-Unis envisagent pour le Moyen-Orient. Cest un rôle pour lequel la Turquie a été mise à lessai plusieurs fois au moyen de ses précédents accords avec Israël. Le trait distinctif de la politique étrangère turque actuelle est son désir de promouvoir ses intérêts nationaux, même si cela doit aller au détriment de sa loyauté ancestrale ou de ses engagements historiques.
Le conflit entre laïcisme et fondamentalisme en Turquie en a fait un modèle de contradictions. Le rapport de forces entre laïques et traditionalistes, institutions de lEtat et loyautés conventionnelles nest pas un fait nouveau dans la région. Mais il a pris un caractère durgence en Turquie, où le partie islamiste Refah a une fois fait une tentative réussie pour accéder au gouvernement du pays.
La campagne de la Turquie contre la Syrie, lIran et lIraq inquiète les Arabes.
La Turquie, située au bout de ce que lon appelle à tort ou à raison le continent le plus industrialisé du monde, semble prête à sacrifier toutes les relations quelle entretient avec le monde arabe et islamique au profit dune alliance triangulaire géopolitique et militaire avec les Etats-Unis et Israël. Larmée, mécène de la constitution turque, est un partisan actif de ces nouveaux liens stratégiques. Linstitution militaire de la Turquie a joué un rôle clé dans la consolidation des liens avec Israël. Certains commandants de longue date ont activement sponsorisé les programmes dentraînement et de coopération avec Israël. Ces mêmes commandants montent aujourdhui la campagne contre la Syrie, lIran et lIraq, sous prétexte que tous ces pays soutiennent le parti des travailleurs au Kurdistan (PKK) et son soi-disant " terrorisme ".
Les implications de lexistence dun axe Turquie-Israël-Etats-Unis sont une source dinquiétude pour les Arabes. La Turquie est la carte rebelle susceptible de bouleverser lordre établi dans la région. Jetons un coup dil aux accords, aux accords de sécurité et aux plans qui ont jusquà présent été formés par les Etats-Unis. Lessence de laccord sur la sécurité et la coopération entre les Etats-Unis et Israël, ainsi que du précédent accord pour une coopération militaire entre la Turquie et Israël reflètent un changement dans la stratégie des Etats-Unis au Moyen-Orient Israël, la Turquie et les Etats-Unis organisent régulièrement des exercices navals en Méditerranée, le dernier dentre eux ayant eu lieu il y a quelques jours, à la suite de la visite dEcevit à Washington. Les pays arabes, bien quils contrôlent de près ces actions, ne cachent pas leur mécontentement.
La position arabe et iranienne
Pour les Arabes et les Iraniens, ce sont ces pays qui forment le nouvel " axe du mal ", vu que celui-ci représente une menace directe pour la sécurité nationale arabe et iranienne. La menace naurait pas pu sexprimer à un pire moment, le processus de paix au Moyen-Orient étant au plus bas. Laxe Turquie-Isarël-Etats-Unis ouvre lespace aérien turc aux forces de lair israéliennes. Il peut ainsi accorder à Israël la possibilité dattaquer nimporte quel pays dans la région arabe, et plus particulièrement la Syrie ou lIraq, qui se trouvent juste à côté. LIran, qui noublie pas lattaque israélienne contre le réacteur nucléaire iraquien, en 1981, ne peut ignorer le sens dun tel accord pour la sécurité de ses propres installations nucléaires et ses industries darmement.
Le nouvel axe compte encercler le Moyen-Orient à partir du Nord. Israël a fourni des efforts en parallèle pour encercler la région à partir du Sud, grâce à sa coopération avec lErythrée, en Ethiopie, et dautres Etats africains. Voilà qui va dans le sens de la nouvelle doctrine israélienne en matière de sécurité, et qui semboîte joliment dans dautres pactes de sécurité formés en Asie centrale, dans la région de la mer Caspienne et le sous-continent indien, où dautres acteurs, tels lInde, le gouvernement provisoire de Kaboul et quelques pays dAsie centrale jouent un rôle
Les liens arabo-iraniens doivent êtres consolidés
Comment les Arabes et lIran peuvent-ils se sortir de ce pétrin Il existe quelques possibilités. Lune dentre elles consiste à consolider les liens arabo-iraniens. Certains signes montrent que les liens entre lEgypte, lArabie Saoudite et la Syrie dun côté et les Iraniens de lautre se renforcent. Un axe Egypte-Arabie-Saoudite-Syrie-Golf dun côté pourrait émerger en opposition à laxe Israël-Turquie-Etats-Unis. LEgypte et les autres pays arabes se sont mis daccord pour participer au sommet islamique à Téhéran. Les fonctionnaires iraniens rendent fréquemment visite aux fonctionnaires de plusieurs pays arabes, notamment Abou Dhabi, et vice-versa.
Une deuxième possibilité est den appeler à lhéritage culturel de la Turquie, cest-à-dire de persuader la Turquie que ses liens historiques et sa loyauté traditionnelle ont de limportance. La pression arabe peut sexercer par la persuasion morale et aller jusquau boycott collectif des biens turcs et des intérêts économiques de la Turquie.
Les Arabes et lIran pourraient aussi être tentés de jouer la carte kurde. La Syrie, lIraq et lIran ont tous prise sur la question kurde et peuvent en profiter pour arriver à un arrangement avec la Turquie. Cette perspective explique peut-être pourquoi les commandants militaires turcs sont si pressés de rentrer en Iraq et déliminer cet élément dérangeant Il existe plus de raisons denvahir lIraq quil ny paraît à première vue. (1) ~
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