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Dépêche Spéciale - Libye
Le 22 février 2002
Lancien Premier ministre libyen donne son avis sur
" les Etats-Unis et les complexités de lesprit arabe "
Dans un article paru dans le quotidien londonien de langue arabe Al-Hayat, Abd El-Hamid Al-Bakkoush, ancien Premier ministre libyen, critique le sentiment anti-américain dominant dans le monde arabe. Voici quelques extraits de larticle : (1)
La propagande arabe contre les Etats-Unis est un échec
" Pour commencer, je dirais que les Etats-Unis ont une politique qui a causé du tort, et continue d'en causer, à certains intérêts arabes. Je nai pas lintention de défendre cette politique. Cela dit, bien que nous ayons le droit de critiquer la grande puissance moderne quest lAmérique, et même de la haïr, nier la force des Etats-Unis ne peut que nous nuire.
?Les Etats-Unis, pays fort et pourvu de moyens [importants], a atteint le paroxysme de sa puissance à l'âge moderne et influence la politique mondiale. Cest pourquoi il serait sage de considérer les Etats-Unis comme une réalité internationale, de sinformer sur sa politique en général et de faire preuve de réalisme dans nos relations avec ce pays.
?Avons-nous agi de la sorte ? Absolument pas ! Depuis lépoque dAbd El-Nasser, au début des années 50, nous menons une propagande dune étonnante férocité contre lAmérique. Ce dirigeant [Nasser] a fait de la guerre des mots contre lAmérique la raison de révolutions et de rébellions contre tout régime monarchique ayant un rapport avec elle.
?Nasser a fait de la lutte contre lAmérique une donnée majeure de sa politique étrangère arabe. Plusieurs gouvernements ont utilisé les médias pour nous inculquer la haine de tout ce qui est américain au point de remettre en question le patriotisme de ceux qui ne se montraient pas parfaitement virulents dans leur haine de lAmérique.
?Naturellement, il y avait une raison à cette rivalité les opposant au leader de lOccident [les Etats-Unis], vu que cest lAmérique qui a aidé à la création de lEtat des Juifs en Palestine, ne cessant jamais de le renforcer. Le comportement américain, en lui-même, explique lopposition manifestée envers la politique américaine dans ce domaine. Mais notre zèle en la matière et notre façon détendre nos désaccords avec les Etats-Unis nont jamais porté de fruits.
?Oui, lAmérique a bien été notre ennemi sur la question de la Palestine mais, en tant que peuple victime de fragmentation sociale, de faiblesse et de confusion, il aurait mieux valu que nous ne déclarions pas une guerre généralisée à tout ce qui est américain, comme nous lavons fait.
?Nos naïfs dirigeants ont mené la guerre contre lAmérique, brandissant des épées médiatiques et tirant du canon de leurs discours. Or il est bien évident que les batailles politiques à coups de mots ne mènent quà léchec et à la confusion. Ainsi avons-nous passé une bonne partie de notre temps à clamer des slogans enflammés contre lAmérique. Nous nous sommes tournés vers tous ceux qui avaient eu un différend avec les Etats-Unis, de lURSS à la [République] dominicaine. Ce faisant, nous faisions notre possible pour nous libérer lesprit de toute politique réaliste. Nous sommes allés jusquà qualifier de Paradis des pays qui nétaient que des gangs, et faire de despotes comme Castro et Idi Amin les héros de la libération et de la lutte contre le colonialisme.
?Nous nous sommes plus à imaginer et navons peut-être pas fini de le faire que la haine de lAmérique était la première de nos priorités. Nous qualifions un citoyen arabe de loyal ou de traître en fonction de la haine quil manifeste [ou non] pour lAmérique.
?Cest ainsi que nous avons agi, passant outre le fait que lAmérique, que nous détestons, est une puissante réalité internationale, et que linfluence quelle exerce sur plusieurs de nos intérêts vitaux est incontournable. Il aurait été plus sage de considérer lAmérique avec réalisme, afin de protéger nos intérêts, mais nous refusions cette évidence.
Lincitation à la haine anti-américaine nous a nui
Oussama Ben Laden na pas été le premier à menacer de détruire les Etats-Unis. Plusieurs parmi nous lont précédé, menaçant, au son des acclamations de la foule, de mener lAmérique à la catastrophe. Des idéologues et des religieux, pas tous des dirigeants, emploient encore leurs langues et leurs stylos à détruire et humilier lAmérique - bien que cette naïve politique anti-américaine ne nous ait causé que du tort.
?Peut-être le temps est-il venu pour nous dadmettre quil serait sage de traiter le leader de lOccident de façon réaliste.
?Réalisme ne signifie pas soumission aux objectifs dun autre, mais implique plutôt de traiter cet autre en fonction de nos moyens, afin de limiter les dégâts. LAmérique a plusieurs intérêts dans notre région quelle tient à préserver Cest un pays qui a, tout comme nous, le droit de protéger ses intérêts. Bien que les Etats-Unis soient une puissance intangible, ce nest pas une puissance despotique imperméable à toute influence. Peut-être que ce dont nous nous plaignions provient, pour une grande partie, de nos propres défauts.
Nous devons nous débarrasser de notre fanatisme
Cest la politique arabe qui a semé la discorde dans les pays arabes. Cest linvasion iraquienne du Koweït qui a créé le besoin urgent de la protection américaine.
?Telle est la réalité politique arabe depuis le jour où des dirigeants nous ont insufflé livresse de la victoire, des fantasmes de fraternité avec lURSS et de direction du bloc des Etats non-alignés.
?Nous naurions pas dû nous rallier aux groupes anti-américains, vu que nous nexcellons en rien. Affronter les Etats-Unis sans en avoir les moyens na rien de sage. Nous devons nous libérer, autant que nous le pouvons, de notre façon de penser politique, de notre fanatisme "
Al-Hayat (Londres), le 12 février 2002
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