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Enquête et analyse / Recherches sur le djihad et le terrorisme /
Autorité Palestinienne
Le 25 avril 2002
La bataille de Jénine : Rapport palestinien
Ces derniers temps, les médias arabes se sont longuement étendus sur le " massacre " quaurait perpétré larmée israélienne à Jénine. Parallèlement, de nombreux témoignages de commandants des factions palestiniennes à Jénine ont été publiés par la presse arabe, aussi bien pendant quaprès les affrontements. En voici des extraits :
Lopposition aux Forces de Défense Israéliennes
Le cheik Jamal Abu Al-Hija, commandant des Brigades Izz Al-Din Al-Qassem (du Hamas) au camp de réfugiés de Jénine, a révélé au site du Hamas, au cours dune interview, que les membres des différentes factions, " rejoints par des volontaires des forces de sécurité palestiniennes ", sétaient préparés à léventualité dune incursion israélienne. (1) Le cheik Abu Al-Hija a fourni des précisions supplémentaires au cours dun entretien téléphonique accordé à Al-Jazira, la chaîne télévisée du Qatar, affirmant : " [Nous avons placé] des engins explosifs sur les routes et dans les maisons ; une surprise attend les forces de loccupation. En divers endroits, des affrontements opposent moudjahidin (2) et forces de loccupation Les forces de loccupation, prises de panique, fuient le camp de Jénine. Mais elles intensifient [leur action] en ayant recours à des bulldozers, des avions et des tanks contre le camp. Les combats se déplacent de quartier en quartier, comme dans une guérilla. Les moudjahidin utilisent des fusils automatiques, des engins explosifs et des grenades... " (3)
Al-Sharq al-Awsat, quotidien arabe diffusé à Londres, a cité le cheik Abu Al-Hija en ces termes : " Les forces de combat de toutes les factions du camp ont été équipées en ceintures dexplosifs et en grenades. " (4) Le cheik Abu Al-Hija a déclaré à lhebdomadaire jordanien Al-Sabil : " Les moudjahidin ont assiégé une maison où se trouvaient neuf soldats sionistes, lont bombardée de grenades et de bombes jusquà ce que toute la maison soit en feu, avec les soldats de loccupation dedans. Des témoins ont affirmé que les forces de loccupation en ont extrait leurs soldats carbonisés et brûlés. " (5)
Des cartables bourrés dexplosifs
Abu Jandal, commandant du djihad islamique au camp de Jénine, (6) a été interviewé à plusieurs reprises par Al-Jazira au cours des combats. Dans lun de ces entretiens, Abu Jandal a déclaré : " Cest le deuxième jour consécutif que les forces israéliennes de loccupation essaient [de pénétrer dans le camp] avec des hélicoptères Apache et des tanks. Mais la détermination des combattants, qui ont juré au début de la bataille quils ne laisseraient pas [Tsahal] se rapprocher du camp, protège lhonneur de la nation Il y a eu des tentatives [davancement] par plusieurs parcours différents, mais tous étaient bloqués. Le fait est que nos combattants sont passés à lattaque ; aujourdhui, nous avons lancé loffensive. Le commandant de lunité israélienne a été tué ce matin, à cinquante mètres de lendroit doù je vous parle. Moi, commandant de la bataille du camp de Jénine, ai choisi de mappeler " martyr Abu Jandal ", parce que tous les combattants qui mentourent sont des martyrs. Croyez-moi quand je vous dis quil y a des enfants postés dans des maisons à côté de ceintures dexplosifs Aujourdhui, un enfant est venu me trouver avec son cartable ; je lui ai demandé ce quil voulait. Il ma dit : Au lieu de livres, je veux un engin explosif, pour attaquer "
Quand on lui a demandé combien de temps ses hommes pourraient faire face aux forces israéliennes, munis quils étaient de leurs seules armes légères, Abu Jandal a répliqué : " Non. Ce nest pas vrai. Nous possédons larme de la surprise. Nous possédons larme de lhonneur. Nous possédons larme divine, larme dAllah qui se tient à nos côtés. Nos armes sont meilleures que les leurs. Cest moi qui suis dans le vrai, et je place ma foi en Allah, alors queux placent leur foi dans un tank. " (7)
Le cheik Abu Al-Hija a lui aussi affirmé : " Certains jeunes remplissaient résolument leurs cartables dengins explosifs " (8) En une autre occasion, le cheik Abu Al-Hija sest montré hésitant quant au nombre exact de victimes israéliennes : " Il est difficile de transmettre des données exactes et nous ne pouvons évaluer [le cours de] la bataille en comptant les pertes ennemies. Mais le fait que lennemi ait rapporté le nombre de 24 morts et 130 blessés confirme que ses pertes ont été importantes. La liste de larmée de loccupation ne comporte que le nom des victimes juives, omettant les Druzes et des soldats du Lahad [larmée du Sud Liban] qui ont participé à toutes les incursions et continueront de le faire à lavenir. Nous estimons que les pertes ennemies sont beaucoup plus importantes. " (9)
Al-Sharq al-Awsat rapporte quà Jénine, une Palestinienne du nom dIlham Ali Dasouqi sest fait sauter au milieu de soldats israéliens, faisant ainsi deux morts et six blessés. Le journal cite une source des Brigades de martyrs dAl-Aqsa, qui explique : " Elle a suivi la voie de Nasser Uweis " qui, selon le même journal, se serait fait sauter à Naplouse, à proximité des soldats. (10) Uweis, commandant des Brigades de martyrs dAl-Aqsa (dépendantes du Fatah) en Samarie, a toutefois été arrêté quelques jours plus tard : il semble que les rapports annonçant sa mort au cours dun attentat suicide aient été conçus pour faciliter son évasion.
Lhebdomadaire Al-Ahram, subventionné par le gouvernement égyptien, a publié une interview dOmar, jeune manchot artificier du Djihad islamique, connu pour être " ingénieur ", qui raconte comment les Palestiniens ont truffé Jénine dengins piégés, avec la participation des femmes et des enfants : (11) " Il est membre du Djihad islamique, mais affirme quà Jénine, toutes les factions étaient fidèles a une seule et même cause : la libération ou la mort : De tous les combattants de la rive Ouest, nous étions les mieux préparés, dit-il, ajoutant : Nous avons commencé à mettre notre plan à exécution : piéger les envahisseurs de larmée et les faire sauter à partir du moment où les tanks israéliens se retireraient de Jénine, le mois dernier. "
Le journal précise : " Omar et les autres ingénieurs ont créé des centaines dengins explosifs, puis ont soigneusement décidé de leur emplacement : Nous avions plus de 50 maisons piégées autour du camp. Nous avons choisi de vieux immeubles vides et les maisons de ceux qui étaient recherchés par Israël, nous doutant que les soldats israéliens tenteraient de les retrouver, raconte Omar, poursuivant : Nous avons sectionné des conduites deau, bourrant dexplosifs et de clous les morceaux coupés. Puis nous les avons placés à quatre mètres de distance les uns des autres, en truffant les maisons [il y en avait] dans les placards, les lavabos, les canapés. Les combattants espéraient invalider les tanks de larmée israélienne en plaçant des bombes beaucoup plus puissantes dans les poubelles de la rue. Dautres explosifs ont été cachés dans les voitures des hommes de Jénine les plus recherchés. Reliées à des fils électriques, les bombes étaient déclenchées à distance, grâce au courant fourni par la batterie dune voiture.
Daprès Omar, tous dans le camp, enfants compris, savaient où se trouvaient les explosifs, ce qui annulait le risque de victimes parmi les civils. Ce fut le seul point faible du plan : Nous avons été trahis par les espions qui se trouvaient parmi nous, dit-il. Plus dun tiers des bombes ont eu leurs fils électriques coupés par les soldats accompagnés de collaborateurs : Sans ces espions, les soldats nauraient jamais pu pénétrer dans le camp. Une fois quils étaient dedans, il était beaucoup plus difficile den assurer la défense. "
" Que pouvez-vous dire de lexplosion et de lembuscade de mardi dernier, qui ont fait treize morts parmi les soldats On les y a attirés, dit-il, Nous avons tous cessé de tirer et les femmes sont sorties dire aux soldats que nous étions à court de balles et que nous quittions les lieux. Puis les femmes ont prévenu les combattants que les soldats avaient atteint lendroit piégé. Quand les officiers supérieurs ont compris ce qui se préparait, ils ont crié dans les porte-voix quils voulaient un cessez-le-feu immédiat. Nous les avons laissé venir à la rescousse de leurs hommes, puis avons ouvert le feu. Certains des soldats étaient si choqués et effrayés quils se sont mis, par erreur, à courir vers nous. "
Jamel Huweil, lun des commandants des Brigades de martyrs dAl-Aqsa du camp de Jénine, a informé le quotidien arabe Al-Hayat, diffusé à Londres, que " quatre soldats israéliens ont été tués et [des Palestiniens] se sont saisis de leurs armes automatiques. Les jeunes, avec leurs engins explosifs, ont aussi mis hors service quatre tanks israéliens. " (12)
Raïd Abbas, combattant issu de Front Démocratique de Libération de la Palestine (FDLP) du camp de Jénine, a rapporté au même quotidien : " Tous les combattants avaient juré de se battre jusquau bout Nous navions dautre choix que de nous battre, et tous les combattants ont pris leur décision en fonction. Ce que lon raconte sur des combattants qui se rendent est complètement faux. Si cétait vrai, comment expliquer que deux soldats israéliens aient été tués lundi matin Nous estimons que leurs pertes sont beaucoup plus importantes que ce quils en disent. Nous nous battons à très peu de distance les uns des autres. Toutes leurs tentatives de rapprochement ont échoué ; nos combattants se font sauter devant eux et placent des engins explosifs sur les routes. La situation est terrible. Les forces de lair [israéliennes] poursuivent leurs bombardements. Il y a quelques instants, ils ont envoyé plusieurs missiles qui ont mis le feu aux maisons. " (13)
Tous les Palestiniens interviewés ont insisté sur leur volonté de se battre jusquà la mort, même aux derniers moments de la bataille. Les propos du cheik Abu Al-Hija sont rapportés par Al-Bayan, quotidien des Emirats Arabes Unis, en ces termes : " A lissue de ces jours de détermination et de résistance exceptionnelle, les combattants de Jénine réitèrent leur devise : Non à la capitulation oui à la victoire ou au martyre. Notre force vient de ce que nous soyons de vrais moudjahidin affrontant les nouveaux nazis. " (14) Des sources palestiniennes non identifiées ont ajouté : " Les combattants du camp sont à court de munitions et ont opté pour le martyre. Ils se battent avec des couteaux et des pierres, se font sauter devant les soldats de loccupation. " (15) Haj Ali, lun des commandants des Brigades dAl-Qods du Djihad islamique, a déclaré que la résistance continuait avec la même intensité et ne permettrait pas aux soldats de loccupation de semparer du camp. (16)
Civils et combattants
Parmi les Palestiniens interviewés, certains ont évoqué la participation de la population civile aux combats. Toutefois, les rapports se contredisent sur la question du départ des civils :
Le cheik Abu Al-Hija affirme : " Les jeunes aussi ont joué un rôle déterminant dans le soulèvement. Ils ont refusé de quitter le camp avant lincursion, et ont pour la plupart été arrêtés par les forces de loccupation On na demandé à personne de rester ni de partir ; les combattants nont donné aucune instruction aux résidents. Ces derniers ont fait leur choix comme ils lentendaient. Certaines femmes ont dû rester dans le camp pour servir les combattants. Les résidents se sont comportés de façon honorable : ils étaient décidés à rester sur place, à traverser toutes les épreuves aux côtés des moudjahidin et à les servir.
Quand des moudjahidin se retrouvaient à court de munitions, ils sautaient dans les tanks pour arracher leurs armes aux soldats qui sy cachaient. Il y a donc eu des combats à mains nues avec les soldats sionistes. Certains jeunes remplissaient résolument leurs cartables dengins explosifs ; certains garçons sont restés quatre jours sans manger ni boire. Bien que les femmes aient su à quel point la situation était dure, elles ont, pour la majorité, préféré rester pour préparer à manger aux moudjahidin, leur amener à boire au risque de perdre la vie, et remonter le moral des combattants ce qui les a beaucoup renforcés dans leur détermination. " (17)
Dautres Palestiniens ont toutefois rapporté que la plupart des civils avaient quitté le camp de réfugiés : Abd El-Salam, commandant des membres du Hamas dans le camp de Jénine, a déclaré que femmes, enfants et personnes âgées avaient quitté le camp, et que les combattants comptaient se battre jusquà ce que soit versée la dernière goutte de sang. (18) Abu Muhammad a, pour sa part, rapporté à Al-Jazira, de Jénine : " A chaque tentative de rapprochement de Tsahal, une surprise les attend : lun des immeubles du camp de Jénine explose. Alors ils se ruent pour récupérer les cadavres et les blessés israéliens, se retirent, puis font venir des bulldozers qui détruisent sans discernement les maisons, que leurs habitants se trouvent ou non chez eux. Ils ont fait partir la plupart des civils [du camp de réfugiés], mais il reste quand même un grand nombre de civils dans le camp. " (19)
Raïd Abbas, commandant du FDLP, a précisé que les Israéliens " ont détruit plusieurs maisons. Ils essaient dassouvir leur vengeance sur les civils. Larmée évacue de force [les résidents du] camp afin de se rapprocher le plus possible des combattants. " (20)
Parallèlement, le Djihad islamique a annoncé que son commandant à Jénine, Muhammad Tawalbeh, avait empêché les civils de quitter le camp. Le site Internet du Djihad islamique a annoncé la mort de M. Tawalbeh, alors que ce dernier faisait sauter sa maison piégée en présence de soldats israéliens, le 6 avril. Le commentaire suivant accompagne lannonce de sa mort : " Tawalbeh avait déjoué toutes les tentatives de loccupation visant à évacuer les résidents, car les Israéliens auraient alors facilement pu détruire le camp et avec, les combattants. " (21)
Lavenir de la lutte
Le cheik Abu Al-Hija a insisté sur le fait quil fallait tirer les leçons de la bataille du camp de réfugiés de Jénine : " Nous sommes fiers [de cette bataille], et nous espérons quelle servira dexemple aux autres villes, afin que là-bas aussi les résidents se préparent matériellement et psychologiquement à laffrontement. Nous devons apprendre de cette bataille, et je souhaite que lopposition de ces quelques dizaines de combattants à larmée la plus arrogante de la région serve de leçon aux armées arabes. Les peuples arabes doivent tirer la leçon de telles victoires pour ne pas rester prisonniers de régimes qui leurs refusent [lexercice de] leurs droits les plus élémentaires.
Le camp a reçu un coup dur, mais même si ce coup nous avait tués, il naurait pas eu raison de la résistance armée. Dans peu de temps ses rangs se rempliront [de nouveau], quand une nouvelle génération se chargera du soulèvement, brandissant de nouveau notre drapeau. Ceci nest ni la première bataille, ni la dernière. Notre peuple ne se calmera que quand sa terre sera libérée et indépendante. " (22)
Abu Ahmed, lun des dirigeants des Brigades de martyrs dAl-Aqsa à Jénine, a déclaré à un journaliste dAl-Intiqad, hebdomadaire du Hezbollah, au cours dun entretien téléphonique : " La résistance palestinienne va perpétrer dautres opérations comme lopération martyre de Haïfa, pour montrer quelle existe toujours, quelle conserve sa force et sa capacité en dépit des coups [reçus]. Lopération martyre dAndalib Taqatqah [à Mahané Yehouda, marché de Jérusalem] prouve la capacité des Brigades [martyres dAl-Aqsa] à frapper lentité [sioniste] à nimporte quel moment, nimporte où Les opérations martyre ont été inventées pendant loccupation sioniste de la rive Ouest, et il importe peu que les [forces] se trouvent dans les villes ou à lextérieur des villes. " (23)
Ali Safouri, commandant des Brigades dAl-Qods du Djihad islamique dans le camp de Jénine, a révélé sur le site Internet du Djihad islamique, au début des affrontements : " Nous réservons des surprises à lennemi. Nous sommes décidés à lui rendre en double [ce quil nous a infligé] et à lui donner une leçon quil ne sera pas prêt doublier. Nous allons latteindre en profondeur : à Jérusalem, à Haïfa et Jaffa, partout. Quils soient les bienvenus : nous avons préparé, spécialement pour eux, un cimetière dans le camp de Jénine. Nous avons juré sur les martyrs dinstaurer le couvre-feu sur les villes sionistes et de venger chaque goutte de sang versé sur notre terre sacrée. Nous appelons les soldats de Sharon à lui désobéir parce quune incursion dans le camp de Jénine , la capitale des [opérations] martyre, serait leur dernière action avant de mourir. " (24)
Dans une interview accordée à Al-Manar, la chaîne de télévision du Hezbollah, le Dr Ramadan Abdallah Shalah, dirigeant du Djihad islamique, a tenu les propos suivants : " Les combattants du camp de Jénine nous ont dit quil sagissait dune bataille où lon frappe sans fuir, quils se battaient jusquà la dernière goutte de sang et jusquà la dernière balle et cest [effectivement] ce quils ont fait. Lennemi sioniste simagine quil nous prépare un Massada palestinien, que nous avons décidé de nous suicider, mais nous lui disons quil se trompe : nous ne créons pas un Massada palestinien mais une Karbala (25) palestinienne, qui hâtera [lavènement du] deuxième Massada juif jusquà ce que lentité sioniste cesse dexister Aujourdhui a eu lieu la renaissance du camp de Jénine, non sa destruction " (26)
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