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Enquête et analyse Arabie Saoudite
Le 3 mars 2001
Réactions arabes à linitiative de paix saoudienne
2ème partie
Le retrait total
Selon Thomas Friedman, journaliste au New York Times, le prince Abdallah a exigé le retour dIsraël aux frontières de 1967. Mais daprès Henry Siegman, proche du Comité des relations étrangères, des fonctionnaires saoudiens (quil ne nomme pas) ont déclaré que lArabie Saoudite se contenterait de moins. Siegman écrit : " Des fonctionnaires saoudiens mont affirmé que la normalisation des relations avec Israël nexcluait pas la souveraineté israélienne sur le Mur occidental dans la vieille ville et sur les quartiers juifs de Jérusalem Est. Ils ont ajouté que lArabie Saoudite ne sopposerait pas au transfert de parties limitées de la Cisjordanie à Israël en échange du transfert de territoires qualitativement et quantitativement comparables aux Palestiniens, si un tel échange découle dun compromis librement négocié. " (1)
?Les citations de Siegman ont créé une certaine confusion. Edward Walker, président de lInstitut du Moyen-Orient à Washington, les a attribuées au prince Abdallah en personne : " Le prince héritier dArabie Saoudite sest pour la première fois exprimé en faveur dun échange de terres incluant les implantations entourant Jérusalem. " (2)
?Le New York Times affirme que " la proposition saoudienne autoriserait Israël à garder certains lieux saints juifs ainsi que des quartiers résidentiels à Jérusalem Est, et peut-être même un groupe compact dimplantations qui empiètent sur les frontières de 1967, en échange de territoires équivalents ailleurs. " (3)
?Mais Abd El-Rahman Al-Rashid, rédacteur en chef du quotidien Al-Sharq al-Awsat, qui affirme sêtre entretenu avec lun des interlocuteurs de M. Siegman, déclare de son côté : " La discussion que le prince Abdallah a eue [avec M. Friedman] se basait sur le mot " total ", parce que cest le mot clé, le mot qui a représenté un obstacle lors des négociations de paix passées. Si les Israéliens veulent la paix, ils doivent céder quelque chose dentier, non de partiel. Ils doivent rendre toute la Cisjordanie, toute la partie occupée de Jérusalem, toutes les hauteurs de Golan, et [accorder] un plein Etat palestinien " (4)
Le problème des réfugiés
Lun des points essentiels soulevés par Abd El-Bari Atwan (rédacteur en chef du quotidien de langue arabe Al-Qods al-Arabi, diffusé à Londres) dans sa critique de la proposition du prince Abdallah, est lomission de la question des réfugiés palestiniens : " Le débat israélo-palestinien na jamais porté sur un retrait israélien total de la Cisjordanie et de la bande de Gaza, qui, après tout, constituent 8% de la Palestine historique [sic]. Le débat a toujours porté sur le droit des Palestiniens à rentrer chez eux, conformément aux légitimes résolutions internationales Le problème palestinien a toujours fait un avec le problème des réfugiés ; il ne sest jamais limité à un problème de terres. Les guerres israélo-arabes ont éclaté dans un seul but : le retour [des réfugiés] à leur patrie afin de mettre fin à leur souffrance dans les camps. Il faudrait mentionner à ce stade que la révolution palestinienne a commencé dans les camps de réfugiés avant même loccupation de la Cisjordanie et de la bande de Gaza en juin 1967. " (5)
?Les partisans de linitiative saoudienne nont pas pu complètement rejeter ces affirmations. Otham Al-Rawwaf, membre du Conseil saoudien de la " Shura ", a déclaré que la solution au problème des réfugiés était incluse dans la proposition : " Le retrait complet implique automatiquement la résolution de la question de Jérusalem et des colonies, et de manière tout aussi automatique mais indirecte, la résolution de la question du retour des réfugiés. " (6)
La stratégie des négociations
Les opinions divergent entre partisans du plan et ses opposants quant à la stratégie à suivre lors des négociations. Daprès Atwan, " même sil était nécessaire de présenter ces idées, il aurait mieux valu le faire à la table des négociations ou en comité restreint avec le président américain, et en échange de quelque chose. Faire une telle proposition pour rien, juste comme ça, simplement pour faire plaisir à un journaliste, est gênant. " (7)
?M. Al-Rashid a, au contraire, affirmé que le prince Abdallah avait bien fixé un prix à la normalisation des relations avec Israël, contrairement à dautres pays arabes : " Les relations entre Israël et le Qatar, Oman, la Mauritanie, le Maroc, la Tunisie et dautres pays ont été accordées pratiquement gratuitement. Par contre, la nouvelle initiative stipule que pour pouvoir établir des relations avec les autres [pays arabes], Israël devra payer le prix fort : la terre, Jérusalem et la sécurité. Si nous rejetons cette initiative, et que chaque pays se met à reconnaître Israël, les Palestiniens nauront plus rien à proposer en échange du retrait israélien " (8)
?M. Al-Rashid a dautre part souligné que linitiative du prince Abdallah donnait de lespoir aux Palestiniens, espoir sans lequel ils verseraient leur sang pour rien : " Dans lentretien de Friedman, le prince Abdallah sadressait à lopinion publique israélienne Son affirmation selon laquelle une paix complète est possible, à condition que premièrement toutes les actions [israéliennes] prennent fin, et quensuite Israël se retire totalement des territoires arabes occupés, mine largument israélien concernant lutilisation de la force [par les Palestiniens] et donne aux Palestiniens une vraie occasion de traduire leurs actions en programme politique. En labsence de programme politique, à quoi serviraient toutes ces actions ? " (9)
De tous, il fallait que ce soit Friedman !
Atwan sest montré contrarié que le prince Abdallah ait choisi de parler à Thomas Friedman de son initiative de paix. Atwan a qualifié Friedman de " journaliste américain, accusé, jusquà récemment, par les médias saoudiens, dhostilité à légard du royaume [saoudien] et des musulmans en raison de ses féroces articles critiquant la corruption de la famille saoudienne régnante et de ses attaques du programme scolaire musulman qui formerait des terroristes. " Atwan considère qu " une décision stratégique dune telle importance aurait dû rester secrète et être présentée préalablement aux dirigeants arabes au sommet [de la ligue] arabe ou dans un discours diffusé par la télévision saoudienne " ; " Les déclarations du prince Abdallah font peut-être plaisir au journaliste Friedman et au lobby juif qui, daprès les Saoudiens, se trouve à lorigine de lattaque de leur pays. Mais on peut raisonnablement penser quelles ne satisferont pas les citoyens saoudiens. Et à mon avis, il est plus important de les satisfaire, eux, que Friedman, le New York Times et le lobby juif. "
Atwan a ajouté que le régime saoudien cherchait à faire oublier son laisser-aller quant à la corruption du pays, les violations des droits de lhomme et labsence de services publics adéquats par des initiatives de politique étrangère " recouvertes du parapluie de la légitimité palestinienne " Il a conclu son article de la manière suivante : " Je dois me rendre à lévidence : le journaliste Thomas Friedman est devenu celui qui fixe lemploi du temps de la plupart des dirigeants arabes avec ses lettres, ses articles et ses interviews. Cest Friedman qui décide à leur place de ce quils devraient ou ne devraient pas faire. A partir daujourdhui, nous devrons lire ses articles pour savoir quelle sera la prochaine initiative de nos dirigeants. Félicitations à Friedman pour son succès. " (10)
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