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Enquête et Analyse
Dépêche Spéciale Arabie Saoudite
Le 14 mai 2002
Suicide, martyre, terrorisme ou homicide
Les médias arabes à la recherche du mot juste
Il arrive que les médias arabes débattent de lexpression à employer en référence aux auteurs dattentats suicide. Voici quelques extraits dopinions exprimées à ce sujet :
Position syrienne : Martyrs plutôt quauteurs dattentats suicide
Contrairement à la plupart des médias, qui utilisent le terme " martyre " en référence aux attentats suicide, le quotidien saoudien Al-Sharq al-Awsat, diffusé à Londres, emploie lexpression " attentats suicide " dans ses rapports de nouvelles, éditoriaux non compris. Des officiels et intellectuels du monde arabe ont émis de vives critiques à lencontre de ce choix.
Au symposium tenu début mai à Tripoli, au Liban, autour du thème " Vers les nouveaux médias arabes ", Adnan Omran, ministre syrien de lInformation, a donné son opinion sur les médias " qui qualifient les martyrs de terroristes et de morts : " Plusieurs termes occidentaux ont commencé à infiltrer nos médias. Nous aimerions croire que cette infiltration est le simple fait de la naïveté [des médias arabes]. Mais ce qui est plus dangereux, cest linfiltration des idées. Il y a deux jours, un [journaliste arabe] a affirmé dans une interview télévisée que les opérations suicide contre lennemi sioniste sont des actes de violence et de terreur. Même si cette personne valorise sa propre vie plus que sa terre et son honneur , elle na pas à interférer avec la décision du martyr, qui est de ranimer sa patrie par le sacrifice de soi ; elle doit le laisser faire son devoir.
Washington se trompe en demandant que tous les pays arabes condamnent le martyre : les Américains renient leur propre histoire dont ils sont pourtant fiers comme le montrent les films hollywoodiens sur les missions suicide [de larmée américaine] perpétrées au-delà des lignes ennemies. "
Après avoir évoqué les kamikazes japonais de la deuxième guerre mondiale, M. Omnan a conclu : " Tous ces peuples ont agi ainsi pour obtenir leur indépendance et la reconnaissance de leurs droits légitimes. Et pourtant les opérations fedaï [martyre] héroïques perpétrées en Israël contre loccupation sioniste sont considérées comme un grand crime par les Etats-Unis. Ces derniers dénigrent ainsi non seulement lhonneur de notre foi, mais aussi leurs propres valeurs occidentales. " (1)
Al-Sharq al-Awsat : les éditoriaux peuvent prendre parti, pas les rapports de nouvelles
Une quinzaine de jours plus tôt, Abd El-Rahman Al-Rashid réagissait déjà à des critiques ressemblant de près à celles formulées par le ministre syrien, dans un article intitulé : " Terroriste, auteur dattentats suicide, martyr " en ces termes :
" Notre travail journalistique nous met en présence dopinions contradictoires, et parfois le ton monte : Pourquoi ne les appelez-vous pas martyrs Pourquoi ne qualifiez-vous pas Sharon de criminel Pourquoi, pourquoi On veut faire de cette bataille une bataille de mots alors que les problèmes soulevés sont bien réels.
La réponse est que nous préférons agir de manière professionnelle, pour une raison toute simple : cest ainsi que nous réaliserons notre but premier, qui est de faire un travail journalistique à part entière. Nous ne nous opposons pas au fait de prendre parti en faveur du citoyen palestinien oppressé, ni aux protestations contre lagression israélienne. Mais quand nous rapportons les nouvelles, nous le faisons de façon rigoureusement neutre. Cest le seul moyen dobtenir la confiance du lecteur. Dans notre journal, Al-Sharq al-Awsat, nous pratiquons la retenue quand il sagit de rapporter les faits. Cest ce que nous dicte la profession.
Nous rapportons linformation de manière neutre, nous limitant au descriptif des événements sur le terrain, et nous employons lexpression opérations suicide. Cela dit, dans léditorial, nous faisons ce qui nous semble juste, qualifiant ces opérations de martyre, car léditorial exprime lopinion officielle du journal. Nous permettons à chaque chroniqueur dutiliser librement les expressions suicide, martyre, opération terroriste, conformément à ses opinions.
La grande majorité dentre nous emploie le terme de martyre. Dautres lui préfèrent celui, plus ancien, dopérations fedaï [martyre]. Les Israéliens ont protesté contre lemploi de lexpression opérations suicide [sic], avançant quelle implique de la bravoure. Ils ont exigé que nous employions lexpression opérations terroristes. Certains officiels américains qualifient le martyre de meurtre prémédité, dhomicide plutôt que de suicide. Mais la plupart des journaux occidentaux ont refusé de céder à la pression, se cantonnant au mot suicide qui, daprès eux, convient au rapport de nouvelles.
Même Abu Ammar [M. Arafat] considère ces opérations comme des actes de violence, et il a été plusieurs fois obligé de les condamner. Cest bien entendu une condamnation politique, non personnelle
La règle est de faire la différence entre nouvelles et opinions. Dans léditorial, nous sommes libres décrire ce qui nous plaît. Nous qualifions Sharon de criminel et les morts de martyrs. Cest le lieu où lon donne son avis. Par contre, nous rapportons les nouvelles comme un rapport de police, sans émettre dopinion.
Dans ce journal, nous ne nous glorifions pas de nos plaintes mais de rapporter les nouvelles dune façon qui aide le lecteur à cristalliser ses opinions et à accroître sa compréhension des événements, ce qui est beaucoup plus important. " (2)
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