Négationnisme subliminal
Copie d'un message envoyé à Libération et Le Monde, 21/05/02.
Elie M.
Jérusalem
Mesdames et Messieurs les journalistes,
Je voudrais vous remercier de l'aide précieuse que vous m'avez apportée la semaine dernière.
En effet, je me demandais depuis longtemps, et plus particulièrement depuis le début de la nouvelle vague de terrorisme en Israël, pourquoi la plupart des médias et politiques français soutenaient plus ou moins ouvertement la cause palestinienne. J'avais émis plusieurs hypothèses, parmi lesquelles soumission à la force électorale (10% de la population française serait arabe ou musulmane), soumission à la force économique (médias tenus par des groupes ayant des intérêts dans les pays arabes ; pétrole, etc
), soumission à la terreur (et si des "jeunes" se mettaient à se faire sauter dans le métro parisien ??), soumission à la "politique arabe" du Quai d'Orsay, voire même soumission au "politiquement correct" de la gauche rouge-verte-rose et aux tendances anti-globalisation et anti-américain.
Mais quel naïf j'ai pu être !
Ce parti pris ne se traduit pas seulement par une déformation ou occultation systématiques des faits (il est vrai que l'AFP n'y est pas pour rien !), mais aussi par l'utilisation d'un vocabulaire qui, à lui seul, discrédite Israël. Je n'avais guerre prêté attention à cette terminologie tant les médias ont réussi à la banaliser, comme par exemple :
- "territoires occupés" : [cela ne rappelle-t-il pas la fameuse "zone occupée" après l'invasion allemande ?]. Ces territoires n'ont pourtant jamais appartenu à aucun pays, encore moins à un état palestinien qui n'a jamais existé - et lorsque l'Egypte et la Jordanie occupaient ces territoires avant 1967, cela ne s'appelaient pas "territoires occupés". Cette expression s'est tellement fixée que certains journalistes continuent à appeler ainsi les zones passées sous le contrôle de l'Autorité Palestinienne.
Notons que l'adjectif "occupé" a également été utilisé pour désigner les 10% du territoire libanais au Sud-Liban que contrôlait l'armée israélienne, alors que les 70% dominés encore aujourd'hui par la Syrie ne sont, eux, pas occupés !
- "collaborateur" voire même "collabo" (Mouna Naïm, Le Monde ou encore Alexandra Schwartzbrod dans Libération du 15mai 2002) : est appelé ainsi tout Palestinien aidant Israël d'une manière ou d'une autre, l'assimilant à un traître à la solde de l'armée "nazie". Un supposé "collabo" peut être torturé, tué, lynché, exécuté sans jugement par son propre peuple sans que la presse française ne s'en émeuve. Etrangement, ce terme n'est utilisé dans aucun autre conflit dans le monde !
- "colonisation", "colon" : sans aucun rapport avec la réalité historique, économique et sociale, le terme "colon" désigne de nos jours tout Israélien vivant hors de la ligne de cessez-le-feu de 1967. Ce simple fait est un crime suffisant pour justifier son assassinat.
Ainsi, par la magie des mots, un sniper palestinien assassinant un nourrisson de 10 mois d'une balle dans la tête devient un "activiste tuant un bébé colon" ; on excuse un attentat à Jérusalem en désignant une des victimes comme la fille du dirigeant du "parti des colons" (en faisant référence au NRP, un parti religieux, certes de droite, mais qui est loin d'avoir la majorité dans les implantations de Judée-Samarie) ; le quartier de Gilo à Jérusalem mérite d'être la cible quotidienne de tirs dès qu'on le qualifie de "colonie", où vivent pourtant des gens de tous les bords politiques, ainsi que des Arabes.
Comble du comble, par extrapolation et habitude, "colonisation juive" a aussi été employée pour désigner la communauté juive de Gerba qui y vit depuis 2500 ans (cf. Le Monde avec AFP et Reuters du 11 avril 2002) !
Depuis la fameuse bataille de Jénine s'est encore plus intensifiée l'utilisation de notions faisant référence à la Seconde Guerre Mondiale :
- "résistant" et "résistance" : assimilant les actes des Palestiniens à l'héroïsme et la bravoure de la résistance française, alors que ces "militants accusés par Israël d'actes terroristes" (cela ne s'invente pas !) se protégent derrière des civils de leur propre peuple sachant pertinemment que l'armée israélienne, elle, se gardera de blesser un bouclier humain de 10 ans. A quand l'utilisation du terme "partisan" ?
- "crimes de guerre", "crimes contre l'humanité", "massacre" : s'utilisent lorsque 50 à 80 "combattants" palestiniens sont tués dans une bataille où l'armée israélienne fait du porte-à-porte pour les déloger au lieu d'utiliser les méthodes de destruction de masse occidentales (Etas-Unis en Afghanistan, Russie en Tchéchénie, France en Algérie) ou arabes (Liban, Syrie, Jordanie, Irak, Iran
).
Ne s'utilise jamais lorsque les victimes sont israéliennes, même lorsque plus de 140 civils sont assassinés en un mois (mars 2002) et que des enfants sont sauvagement assassinés dans leur lit, pendant leur sommeil.
On se surprend également à lire sans sourciller des phrases du style "Ariel Sharon, accusé de crimes de guerre, crimes contre l'humanité et actes de génocide par des rescapés des camps palestiniens" (Le monde avec AFP et Reuters du 14 mai 2002), phrase mise évidemment sans guillemets, signes de ponctuation réservés au mot "terroriste" !
Cette semaine le parallélisme entre la Shoah et ce que "subissent" les Palestiniens est devenu encore plus flagrant avec l'apparition du terme "déporté", utilisé encore très parcimonieusement pour que les lecteurs s'y habituent doucement. "déportés" - les Palestiniens sont "déportés" par Israël - quel symbole ! Le peuple qui a tant souffert il y a seulement 60 ans, pratique aujourd'hui les même méthodes que ses bourreaux !
A l'instar de l'analogie entre le ghetto de Varsovie et la bataille de Jénine (caricature apparue dans Le Monde), on "regrette" l'erreur - mais le mal est déjà fait - puis on recommence un peu plus tard sur le même registre.
La conclusion est évidente : les pires atrocités commis au 20ème siècle l'ont été par des Européens, et parmi eux un certain nombre de Français. Comme on ne peut malheureusement pas effacer ces crimes, on essaye de les minimiser en falsifiant l'histoire qui est en train de s'écrire aujourd'hui afin que les générations futures ne se sentent plus coupables de leur passé et se disent ce que disent actuellement à voix haute de nombreux dirigeants arabes : si les Allemands avaient fini leur travail, les pauvres Palestiniens n'auraient pas souffert.
Par ces abus de langage la presse française, en comparant implicitement la Shoah et le conflit israélo-arabe, en plus de la désinformation flagrante, ne fait rien d'autre que du négationnisme subliminal.
Grâce à vous messieurs les journalistes et hommes politiques français, j'ai compris pourquoi j'ai honte aujourd'hui d'être français.