NOUVELLES CHANSONS A PARIS ?
par Shlomo Papirblatt
Yediyot Aharonot, 10.2.02 (page B 5)
- traduit par le service de presse de l'Ambassade de France en Israël.
La question est sérieuse, mais il est difficile de se retenir et de ne pas commencer par les 10 points accordés par la France à Israël au concours de l Eurovision . Dans un proche avenir, pourrons-nous les interpréter comme le premier signe avant-coureur dune évolution de la politique étrangère de la France vis-à-vis dIsraël ? Peut-être. Cest un fait quau ministère des Affaires étrangères, à Jérusalem, on ne cache pas en privé une certaine stupéfaction à propos du changement de ton (à Paris) au point que cela donne une autre musique concernant les récents événements du Moyen-Orient.
Un sommet a été atteint quand on sest penché sur le texte du blâme du ministre français des A.E., Dominique de Villepin, quelques heures après le terrible attentat de Meggido : Des actes dune telle barbarie déshonorent ceux qui sen rendent coupables , a-t-il déclaré. Aucune lutte politique ne peut justifier de tels crimes
Cette tragédie rend plus urgente que jamais la lutte contre le terrorisme , a dit le ministre. Une formulation aussi catégorique était jusque-là plutôt rare dans larsenal des réactions officielles françaises ; mais ce qui ressort par dessus tout est le doigt accusateur pointé sur les auteurs de lattentat, les terroristes. Plus dune fois, dans le passé, on pouvait penser des condamnations publiées à Paris que les auteurs de ces actes étaient des extra-terrestres venus de lespace intersidéral. Pas dans ce cas-là.
Quest-ce qui se profile derrière ce changement ? Au Quai dOrsay, le siège historique du ministère français des Affaires étrangères, on a un nouveau ministre qui a apporté de nouvelles règles du jeu. De Villepin, qui était jusquaux dernières présidentielles lun des membres de léquipe rapprochée de Chirac à lElysée et bénéficiait de lentière confiance du Président de la République, a décidé à ce quil semble de prendre lui-même en mains la gestion des questions du Moyen-Orient. Le fait est que les porte-parole du ministère qui avaient lhabitude de distribuer matin et soir leurs réactions aux événements, généralement sur un ton très critique vis-à-vis dIsraël se sont relativement tus. Le dernier communiqué de condamnation a été prononcé de la bouche même du ministre, qui la achevé avec une note personnelle, en compatissant avec la douleur des familles des victimes et du peuple israélien.
Sagit-il seulement dune question dhomme ? On a des raisons de penser quaux sommets du pouvoir français, on a fait ses comptes ; on a pris en considération les derniers événements autour de la récente campagne électorale, les éruptions anti-juives dans les faubourgs des grandes villes, les réactions et les accusations dantisémitisme, surtout aux Etats-Unis, et on est parvenu à certaines conclusions. En outre, lextension de la menace du terrorisme international comme arme, quand des ressortissants français en ont été les victimes tragiques à Karachi il y a quelques semaines, a placé tout dun coup sous un jour différent les attentats contre les civils israéliens.
Dune manière ou dune autre, la France ne modifiera pas ses positions. Mais le ton extrémiste, qui ne rapportait rien et lavait placée en touche, sera peut-être remplacé par une démarche publiquement plus équilibrée.