En échange dune vraie paix, je suis prêt à renoncer à une partie dEretz Israël
Interview dAriel Sharon. Propos recueillis par Dan Shilon (supplément du week-end, Maariv) - traduit par le service de presse de l'Ambassade de France en Israël
1 février 2002
* Votre slogan de campagne était Sharon amènera la Paix . Après un an de pouvoir, nous navons jamais été aussi loin de la paix.
Je ne pense pas que les perspectives de paix séloignent de nous. Aujourdhui, tout le monde comprend que notre ennemi est coriace et que notre bataille est difficile tant sur le plan sécuritaire que politique. Mais vous savez, la nuit est toujours très obscure avant laube.
Est-ce que notre génération verra cette aube se lever ?
Il faut y croire. Si nous y croyons ce jour là arrivera. Je suis convaincu que nous pouvons parvenir à la sécurité et à la paix si nous persévérons et si nous ne paniquons pas.
Le président égyptien ne souhaite pas vous rencontrer. Il préfère inviter le ministre de la défense. Pourquoi ?
Jai beaucoup de respect pour lEgypte qui est le plus grand pays arabe et pour le président Moubarak également, même sil utilise quelquefois un langage peu approprié.
Il sest dit vexé par votre comportement.
Jai dépêché mon conseiller Dani Ayalon au Caire pour remettre à Moubarak une lettre dans laquelle je mentionne que les différends doivent se régler dans le calme et non publiquement. Je lai également convié à se rendre à Jérusalem, et jespère que contrairement aux autres fois, il acceptera mon invitation.
Apparemment, il na pas répondu à votre invitation puisquil a aussitôt invité Ben Eliezer à Charm El Cheikh. Ce dernier a dailleurs déclaré publiquement quil représentait la ligne de Rabin et de Barak et quil sidentifiait à Camp David et à Taba.
Cest le prix à payer pour avoir un gouvernement dunion nationale, mais en fin de compte, en Israël les décisions se prennent à la majorité, et cela, les Américains, les Palestiniens et les Egyptiens le savent bien.
Vous insinuez que la rencontre Moubarak-Ben-Eliezer était une simple ballade dans le désert, inefficace ?
Je ne dirais pas les choses de cette manière. Nous avons lintention délargir la collaboration avec lEgypte, notamment dun point de vue stratégique.
Je voudrais revenir sur les promesses que vous aviez faites à la veille des élections. Vous aviez promis la sécurité aux citoyens israéliens. Vous aviez également promis déradiquer le terrorisme. Notre situation na jamais été aussi mauvaise quaujourdhui.
La bataille est difficile et complexe. Je reconnais avoir promis la sécurité aux citoyens, mais pas en un claquement de doigt, pas en un jour, mais au terme dun effort long et difficile.
A la veille des élections, pensiez-vous quArafat était un terroriste ?
Cela fait longtemps que je pense quArafat est un terroriste, et je nai jamais changé davis à ce sujet.
Si tel est le cas, pourquoi avez-vous, durant votre campagne, promis aux Israéliens que vous rencontreriez le terroriste Arafat pour parvenir avec lui à un accord de paix ?
Je nai jamais dit au peuple israélien que je rencontrerai Arafat, mais si je savais que javais en face de moi un homme de confiance souhaitant parvenir à un accord de paix, il est très probable que je laurais rencontré. Aujourdhui je sais, et le monde entier sait, quil sagit dun homme qui a mis sur pied une coalition terroriste.
Il est pourtant le représentant élu du peuple palestinien et même les Etats-Unis le reconnaissent en tant que tel. Comment réagiriez-vous si Arafat venait à respecter ses engagements et à lutter contre le terrorisme ? Serait-il à nouveau un partenaire pour la paix ?
Pour quArafat soit un véritable partenaire, il faut quil arrête les terroristes, démantèle les organisations terroristes, quil confisque larmement illégal pour les confier aux Etats-Unis et quil déjoue sérieusement les tentatives dattentats. Pour linstant, Arafat na pris aucune de ces mesures.
Vous lui demandez presque dadhérer au Comité daction sioniste.
Non car jattends beaucoup plus des membres du Comité daction sioniste. La cinquième chose que je demande à Arafat, cest de stopper la propagande anti-israélienne.
Sil sengage à respecter toutes ces requêtes, il devient partenaire ?
Oui, sil prend toutes ces mesures, il devient partenaire.
Pensez-vous quil le fera ?
Jai du mal à le croire, mais jespère que dautres le feront à sa place.
Pourquoi navez vous pas liquidé Arafat au Liban ?
Nous nous étions engagés à ne pas le faire et nous avons respecté nos engagements.
Vous le regrettez ?
Il ne fait aucun doute quil nous a causé beaucoup de tort et beaucoup de pertes.
Regrettez-vous de ne pas lavoir liquidé ?
Oui absolument. Mais je le répète, nous avions pris des engagements.
Quen serait-il aujourdhui si vous laviez liquidé ?
Notre situation serait bien meilleure.
Vous ne croyez rien de ce que dit Arafat et vous lavez même qualifié de hors-jeu .
Pourquoi ne le renversez-vous donc pas ainsi que lAutorité palestinienne ?
Aujourdhui nous navons pas lintention de toucher Arafat personnellement.
Pourquoi donc ?
Cela causerait du tort à Israël. Je nai pas lintention de toucher à Arafat ni de saper les infrastructures de lAutorité palestinienne. Je nai quune mission, veiller aux infrastructures israéliennes.
Si vous étiez le chef de lopposition ou un simple membre du Likoud, comme Bibi, il est peu probable que vous eussiez tenu de tels propos. Vous auriez certainement appelé à renverser le régime palestinien.
Je ne sais trop ce quentend Bibi, mais ce que je sais, cest que lexpulsion dArafat causerait plus de tort à Israël que son encerclement à Ramallah. Nous avons réussi, avec beaucoup de patience, à présenter Arafat au monde sous son vrai visage.
Les missiles que possède Arafat menacent-ils les agglomérations israéliennes ?
Nous avons fait comprendre à lAutorité palestinienne que lutilisation de missiles changerait catégoriquement nos rapports.
Si des missiles sont tirés, renverserez-vous lAutorité palestinienne ?
Je ne sais pas, mais la situation sera complètement différente.
Prendrez-vous pour cible des zones palestiniennes peuplées ?
Nous faisons notre possible pour ne pas toucher la population civile, et nous disposons dautres cibles, en quantité suffisante. Nous travaillons conformément à un plan.
Est-il possible que les Palestiniens se munissent darmes de destruction massive ?
Le terrorisme palestinien sinscrit dans le cadre dun terrorisme régional et international. Je pense en effet que les organisations terroristes tenteront dobtenir ce type darmements. Je ne crois pas que lAutorité palestinienne soit capable, à ce jour, dactionner ces armements, mais nous les avons mis fermement en garde à ce sujet, par lintermédiaire du Général Zinni. Cette mise en garde vaut encore aujourdhui.
La menace nucléaire en provenance dIran nous concerne-t-elle de près ?
De notre point de vue, lIran constitue la principale menace. Ce pays engage de sérieuses démarches pour se munir darmes de destruction massive. Lun des problèmes auxquels il doit faire face est le vecteur de lancement. Téhéran possède un missile, le Shihab 3 , qui représente une menace pour nous, en tant que fusée de lancement.
Avons-nous une parade ?
Nous avons une réponse concrète, mais lessentiel demeure la nécessité dune action américaine. Le président Bush a fait cette semaine des déclarations très claires à ce sujet. Une activité européenne est également requise pour exercer un ensemble de pressions économiques et politiques sur lIran. Téhéran appelle ouvertement à la destruction de lEtat dIsraël et du peuple juif, et constitue également une menace pour un grand nombre dautres pays.
Pensez-vous quil existe une réponse militaire au terrorisme ?
Absolument. Cela ne veut toutefois pas dire quaucun attentat terroriste ne sera perpétré, ici ou là. Tout cela demande beaucoup de patience.
Et pourtant, en dépit de tous les efforts militaires déployés, la courbe du terrorisme est en constante hausse.
Nous faisons tout notre possible.
Vous aviez promis de faire cesser les tirs sur Gilo.
Il est vrai que plusieurs salves ont été tirées cette semaine sur Gilo.
Il ne passe quasiment pas de semaines sans quil y ait des tirs sur Gilo.
Cela na rien à voir avec ce qui se passait auparavant.
Et si les tirs se poursuivent, larmée réoccupera-t-elle Beit Jalla ?
Absolument, si cela est le cas.
Peut-être narrivons nous pas à éradiquer le terrorisme car notre armée nest pas aussi habile et rusée comme autrefois ?
Nous avons une armée exceptionnelle qui exécute des opérations spéciales au plus haut niveau et qui parvient à des résultats extraordinaires.
Et le chef détat-major ?
Il est excellent
Mais pas assez rusé ?
Il est excellent.
Le fait que larmée se politise tant ne vous inquiète-t-il pas ?
Larmée na pas à être politique.
Que faites-vous pour lutter contre cette politisation ?
Je parle énormément avec les officiers.
Vous aussi pensez que la course à lEtat-major est une course politique de bas état ?
Vous, les médias, nêtes pas sans avoir une part de responsabilité là-dedans.
Quelquun obligerait les officiers à paraître dans les médias et à annoncer leur candidature aux fonctions de chef dEtat-major ?
Ce qui est sûr, cest quà notre époque cela nexistait pas.
Pourquoi ne pas mettre un terme à ces pratiques ?
Je my emploie et je mexprime beaucoup à ce sujet avec larmée.
Avez-vous pensé proroger dun an le mandat de Shaoul Mofaz ? Il a dores et déjà annoncé quil donnerait son accord.
Je ny ai pas songé.
Le malaise des réservistes vous préoccupe-t-il ?
Cest un phénomène très grave. Israël est un Etat démocratique, et dans un Etat démocratique, larmée doit exécuter les ordres de léchelon politique.
Quavez-vous à répondre à Ygal Shohat (qui appelle à la désobéissance et demande aux soldats de refuser de servir dans les territoires) ?
Je sais quil nexprime pas lopinion dun grand nombre dautres personnes. Ce phénomène est grave et représente un danger pour la démocratie israélienne. Je ressens une grande estime pour les réservistes.
Larmée de réserves nest-elle pas en train de seffondrer ?
Rien ne seffondre.
Et le moral de la nation ne seffondre-t-il pas ?
Nous parvenons en Israël à des résultats exceptionnels même sil est vrai que nous avons beaucoup de problèmes. Nous sommes en guerre, notre économie souffre de la récession mais nous avons un potentiel incroyable et on ne peut pas parler deffondrement.
Vous ne distinguez sérieusement pas leffondrement moral des Israéliens ?
Il y a certainement des problèmes mais la force de ce peuple est plus grande que toutes les tentatives faites pour démontrer que tout seffondre.
Pourtant les centres commerciaux sont vides. Les spectacles sont annulés car le public a peur de se rendre dans des lieux publics.
Nous sommes en guerre et les problèmes sont nombreux. Il faut faire preuve de patience et de détermination. Il faut avoir la foi. Je crois quil y aura la paix ; je suis persuadé quil y aura la paix.
Pourquoi vous êtes-vous opposé à la visite du président Katzav et à celle de Burg à Ramallah ?
Nous déployons de nombreux efforts pour présenter lAutorité palestinienne et Arafat sous leur vrai jour. Tout ce qui procure de la légitimité à Arafat affaiblit la lutte contre le terrorisme.
Votre ministre des AE Shimon Pérès leur procure de la légitimité au quotidien. Il rencontre Abou Ala avec qui il rédige une initiative de paix. Le fait-il avec votre accord ?
Pérès ne peut parler que de mesures sécuritaires pour parvenir à un cessez-le-feu.
Ce nest pourtant pas ce qui se passe .
Jentretiens d excellents rapports avec Shimon Pérès.
Et vous apportez votre soutien à ses approches diplomatiques ?
Je prends conseil après de lui ; je mentretiens avec lui.
Puis vous ne faites que ce que vous entendez.
Pour ce qui est des questions de sécurité, il approuve les mesures prises ; il ne sy oppose pas.
Shimon Pérès a des conversations diplomatiques avec les Palestiniens.
Il est possible quil sentretienne dun horizon diplomatique .
Cela va bien plus loin. Il est quasiment parvenu à sentendre sur un document diplomatique conjoint avec Abou Allah.
Jai vu cela. Le document Pérès-Abou Alla na pas eu mon accord. Disons les choses clairement : ce document, tel que Pérès le présente, na pas mon accord.
Etes-vous capable de rédiger un document conjoint avec Shimon Pérès ?
Je le pense.
Un véritable fossé vous sépare.
Nous aspirons tous deux à la paix.
Je vous prie dêtre plus précis.
Si nous arrivons à ce stade, il se peut que nos routes se séparent.
Vous avez promis de préparer un document conjoint. Que sest-il passé ?
Nous pouvons nous entendre sur la première étape, celle du cessez-le-feu, qui mène à un état de non-belligérance.
Vous êtes capable de vous entendre avec Pérès sur un accord intérimaire ?
Je ne désignerai pas cela par les termes daccord intérimaire , mais détat de non-belligérance.
Un accord dans le cadre duquel vous accepteriez de reconnaître un Etat palestinien indépendant ?
Il sagit dun long processus, mais à la fin du compte, il y aura un Etat palestinien. Ce sera un état démilitarisé, avec des forces policières pour maintenir lordre. Ils devront se défaire de toutes les armes quils possèdent, mais un Etat palestinien existera au bout du compte. Je suis prêt à faire des concessions douloureuses. Je suis prêt à renoncer à certaines parties dEretz Israël, et cest une concession douloureuse.
Ariel Sharon est prêt à renoncer à une partie dEretz Israël ?
Pour une paix véritable, je suis prêt à faire des concessions et à renoncer à des morceaux dEretz Israël.
Ai-je bien entendu ?
En échange dune paix véritable qui assure la sécurité, oui, certes oui. Avec toutes les difficultés que cela implique.
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Vous avez fait de nombreux compromis politiques et populistes dans le cadre du budget.
Jai annoncé de la manière la plus claire qui soit, que je suis pour le gel de toutes les lois privées, car ces lois nous détruisent.
Pourquoi navez-vous pas fait savoir plus clairement votre position ?
Jai pris position, et le parti travailliste ma approuvé, avant de changer davis.
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Peut-être ny a-t-il tout simplement pas de dirigeants économiques pour le pays, et le ministre des finances a échoué ?
Cette situation grave découle de la méthode électorale, que jai modifiée dès mon arrivée au pouvoir. Cest le résultat de laffaiblissement des grands partis.
Binyamin Netanyahou avait raison quand il a dit quon ne peut diriger un gouvernement, et quil faut dissoudre la Knesset.
Je ne sais pas quelles sont les motivations de Netayahu. Jaurais été heureux sil avait fait davantage pour Israël.
Il fait énormément en matière de communication pro-israélienne dans le monde. Il vous inquiète ?
Non, pas du tout. Netanyahou ne me préoccupe pas. Un point cest tout.
Etes-vous flatté par les sondages positifs ?
Les sondages valent le jour où ils ont été effectués. Ils sont représentatifs dune tendance au moment où ils sont faits, ce qui est évidemment encourageant, mais nous avons encore une longue route à parcourir.
Jusquà quand gouvernerez-vous ?
Tant que je sentirai quIsraël doit faire face à de graves dangers. Sinon, jaurais fait dautres choses avec plaisir. Jai encore plein de projets.
Vous présenterez-vous à de nouvelles élections ?
Oui, certainement.
Nous sommes en guerre
Nahoum Barnéa, Shimon Shiffer- interview avec le Premier ministre (Yediot Aharonot, supplément hebdomadaire) - traduit par le service de presse de l'Ambassade de France en Israël.
Un an après son élection, Sharon noublie absolument rien
- Ni les manifestations de haine à son égard en Israël et à létranger
- Ni Arafat, son prisonnier dans la geôle de Ramallah ° Ni Netanyahou, quil ne comprend pas
- Ni Barak non plus, sur les traces de qui il ne veut pas marcher.
° Je sais que cest dur , dit Sharon. Alors que faire, capituler ? Quest-ce que vous me proposez de faire ? De rendre les armes ? Israël doit-il vivre par les bonnes grâces dun Etat arabe ? Sous le protectorat dun Etat arabe ? Regardez ce qui est arrivé à Barak, qui avait cédé sur toute la ligne .
(
) Un an après sa victoire électorale, Sharon bénéficie selon les sondages du soutien de la majorité de lopinion. Dans le monde démocratique, les dirigeants souffrent en général dune chute de leur popularité au bout de leur première année. Pour Sharon, ce nest pas arrivé
(Sharon parle de sa manière de voir les Juifs
)
- Il semble quen Europe, on a recommencé à parler de vous comme on le faisait au temps de la Guerre du Liban, vous y êtes présenté comme lhomme le plus haï immédiatement après Ben-Laden.
- Ils veulent peut-être que nous ayons ici des dirigeants soumis, des dirigeants qui renoncent. Cest ce qui sest passé en effet avec quelques-uns de nos derniers gouvernements. Avec moi, cest différent. Chez moi, ça ne se passera pas ainsi. En outre, il y a une vague montante dantisémitisme. La haine à mon égard est lun des sous-produits. Mais jai du mal à faire des reproches aux Européens, quand une de nos députées [allusion à Naomi Hazan, du Meretz] fait des apparitions à létranger où elle répand des calomnies à mon sujet .
- Ceux qui vous critiquent disent que la chose qui fous effraie le plus cest une semaine de calme. Cest pourquoi en plein cur dune période relativement calme, vous avez donné lordre de liquider Raed Karmi.
- Voilà une affirmation malveillante sans aucun fondement. Les chefs de tous les services de renseignement ont recommandé de frapper Karmi ; ils savaient quil faisait des préparatifs pour des attentats très durs.
- Mais vous ne placez à lhorizon aucune perspective politique.
- Une séquence politique ne donnera aucun résultat si le terrorisme se poursuit. Le terrorisme représente une grande menace pour le Monde
Comme la dit le juge à la Cour Suprême Eliyahou Matsa, nous ne pourrons pas regarder les gens droit dans les yeux si nous néliminons pas les terroristes qui préparent des attentats. A mon grand regret, la Défense ne réussit pas à expliquer ce quelle fait.
Nous nous efforçons maintenant darrêter les terroristes, au lieu de les abattre. A part cela, Arafat pourrait facilement empêcher les éliminations. LAutorité palestinienne a reçu de nous toutes les listes de noms. Il aurait pu faire arreêter les gens .
- La question que les gens posent est où va-t-on avec tout cela. Quelle est votre vision des choses ?
- Je veux parvenir à un règlement politique qui sera suivi de la paix. Mais pour arriver à un règlement, il faut dabord que cesse le terrorisme. Il ny a pas de paix avec le terrorisme. Bien que la chose soit difficile, je suis optimiste .
La situation séclaircira. Pour les Palestiniens, aussi, il est clair que dans le monde, on sait qui est Arafat. Nous aussi, nous approchons du moment où les choses seront claires pour nous. La route est longue, il faut beaucoup de patience
Si nous avons la foi, nous arriverons à la sécurité et à la paix .
-Dans un an, quand nous passerons en revue votre deuxième année, vous nous parlerez encore une fois dArafat, et vous direz quil faut le calme, de la patience, et que bientôt tout sarrangera ?
- Dici là, les choses seront plus nettes. Au fur et à mesure quArafat se sentira toujours plus isolé, il prendra les mesures que lon attend de lui. Contrairement à ce que lon dit à mon sujet, je ne veux pas détruire linfrastructure palestinienne. Mon souci principal est de conserver linfrastructure israélienne .
- Sharon parle de l axe du Mal mondial, qui comprend selon le Président Bush lIran, lIrak, la Corée du Nord. Sharon y ajoute Yasser Arafat.
- Bush a fait la preuve dun louable sens de chef en lançant la campagne contre le terrorisme mondial, du fait quil ne considère pas le terrorisme comme un épisode bref et passager, mais comme la plus grande menace pour la paix du monde. Nous devons tous remercier Bush pour sa détermination .
- (
) Essayons une hypothèse à votre sujet : on peut supposer que vous considérez la mise à lécart dArafat comme un objectif essentiel, mais que vous voulez y parvenir quand lAmérique et la majorité de lopinion israélienne se seront rangées derrière vous
- Je ne considère pas la mise à lécart dArafat comme un objectif essentiel. Arafat doit être isolé. Etre sous pression. Il na jamais agi que lorsquil était sous pression .
Nous nous sommes engagés à ne pas frapper Arafat physiquement. Je nai pas pour objectif de le chasser dici. Mais jai lintention de dire la semaine prochaine au Président Bush que je lui propose dignorer Arafat. De le boycotter. De ne pas avoir avec lui le moindre contact, de ne pas lui envoyer de délégations .
- A propos des allusions du ministre Béni Elon au transfert de millions de Palestiniens des territoires vers la Jordanie : Le monde daujourdhui nest pas ce quil était il a 30 ou 50 ans. Nous aussi avons changé. Je ne considère pas cette idée comme concrètement réalisable .
- Shimon Pérès est aux Etats-Unis. Il devrait présenter aujourdhui là-bas les points daccord quil a élaborés avec Abou Ala, au cur desquels figurent la création dun Etat palestinien et une évacuation accélérée des implantations. Cela se fait-il avec votre consentement ?
- [regard étonné de Sharon] Powell, comme Bush, comme Poutine, comme Schröder, comme Chirac, comme Berlusconi, comme Ecevit, tous connaissent clairement la position dIsraël. Il est impossible de présenter quoi que ce soit sans mon assentiment.
Il se peut que Pérès veuille leur dessiner un horizon politique après que le calme sera rétabli et quil ny aura pas de terrorisme. Il se pourrait que Pérès soit allé trop loin. Personnellement, je ne moppose pas à ses rencontres avec Abou Ala. Je ne rejette pas les rencontres avec des dirigeants palestiniens. Ni des rencontres que jaurai personnellement. Mais pas de rencontres avec Arafat .
Sharon et Netanyahou
- Sharon consacre de nombreuses heures à la politique politicienne, y compris la lutte pour garder la faveur des membres du Likoud, face à Netanyahou. Dans cette lutte, il se passe des choses étranges : par exemple, Netanyahou était en son temps un farouche partisan de lélection du Premier ministre au suffrage direct, Sharon était contre. Ces jours-ci, il paraît que Netanyahou fait discrètement campagne pour la proportionnelle, tandis que Sharon voudrait en sous-main reporter le retour à la proportionnelle à 2007 (au lieu de 2003). Sharon nie absolument, et rappelle que lélection directe a fait que le Likoud na plus que 19 sièges à la Knesset . Sharon dit aussi quil ne comprend pas Netanyahou : Je ne sais pas ce quil fait. Je ne sais pas ce quil veut. Cest un homme de grand talent, je nai rien à y ajouter .
- Sharon lit avec joie les sondages qui lui accordent le soutien de la majorité du grand public. Il est moins heureux quand il voit les sondages parmi les électeurs du Likoud, où Netanyahou reste largement en tête.
- Les sondages sont bons pour le jour où on les fait. Ils indiquent parfois une tendance. Mais si vous croyez que je vais faire quelque chose uniquement pour trouver grâce aux personnes interrogées dans les sondages, vous vous trompez. Je ne le ferai jamais .
- Les rapports quentretient Sharon avec Abdallah sont meilleurs. Jeudi, après que nous ayons quitté son domicile, Ariel Sharon sest entretenu à deux reprises avec le Roi de Jordanie, avant que ce dernier ne décolle pour Washington pour rencontrer le président américain. Nos rapports sont très étroits conclut le Premier ministre israélien.
Nous lui avons demandé sil pensait que la Jordanie pouvait remplacer lAutorité palestinienne dans les pourparlers sur lavenir des territoires. La Jordanie nest plus impliquée dans la question des territoires depuis Hussein souligne Sharon, je ne souhaite donc faire aucun commentaire sur des questions hypothétiques .
Une fois parti le secrétaire militaire du gouvernement, le général Moshé Kaplansky, vers 2 h du matin, Ariel Sharon est allé se coucher dans sa chambre du deuxième étage. Un lit deux places, une télévision et une bibliothèque où sont soigneusement rangés les livres quil a reçu dernièrement de Shimon Pérès : Lhistoire de Marrakech , dElias Canetti, et La Méditerranée , de Fernand Braudel. Sharon na pas encore eu le temps de les ouvrir. Il a déjà bien du mal à finir de lire Stalingrad , ce livre de guerre qui dépeint dans toute sa cruauté la guerre entre lUnion soviétique et lAllemagne. Parallèlement, il a entrepris la lecture de La lutte sauvage pour la paix , dAlastair Horn, sur le revers de la France pendant la guerre dAlgérie.
Le Premier ministre israélien na pas lair enthousiasmé. Je préfère lire laspect humain de la guerre et non le côté technique .
A son chevet, un dictionnaire hébreu-anglais quil utilise souvent lors de ses conversations avec les dirigeants de ce monde.
Ariel Sharon se lève tous les matins à 5h30. Une heure plus tard, lors de sa séance rasage, son conseiller Raanan Gissin lui fait part des principaux points de la presse israélienne. Souvent, il linterrompt, parce quil a déjà deviné la suite.
A 7h00, il écoute le bulletin dinformation de Kol Israël et prend un copieux petit-déjeuner.
A travers la fenêtre, on aperçoit le bâtiment du Terra Sancta investi par lUniversité hébraïque après la Guerre dIndépendance. Cest là-bas que jai étudié précise Sharon, javais dailleurs pour professeur le père de Rubi Rivlin (actuel ministre de la Communication) .
Tous les après-midis, le Premier ministre israélien a pour coutume de rentrer à son domicile pour sa sieste traditionnelle. Malheureusement je nai pas trop le temps de la faire ces derniers temps .