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Assemblée Nationale de la République Française

Session ordinaire de 2000-2001 - 67ème jour de séance, 154ème séance

1ère SÉANCE DU MERCREDI 18 AVRIL 2001

PRÉSIDENCE de M. Raymond FORNI

M. Georges Hage député communiste - Si Ariel Sharon est venu à résipiscence (reconnaissance de sa faute avec amendement…), ce n'est certainement pas sous l'inspiration soudaine de l'avertissement évangélique prononcé sur le Mont des Oliviers : c'est que l'administration Bush a mis le holà ! En cela, elle fut plus prompte que la France à condamner l'intervention militaire israélienne ! Elle l'a fait toutefois de façon très mesurée, au regard de la gravité de cette escalade, propre à embraser le Proche Orient tout entier...

M. Sharon, égorgeur de Sabra et Shatila, n'a pas failli à sa réputation, cependant : se retirant de la bande de Gaza, il n'en a pas moins lancé un message sans équivoque : les règles du jeu sont désormais changées, a-t-il dit. De fait, depuis le début de la nouvelle Intifada, jamais Tsahal n'avait lancé une opération d'une telle envergure dans les territoire palestiniens autonomes. De plus, cette violation des accords d'autonomie succédait au bombardement des positions syriennes au Liban. Ce défi lancé au monde arabe et à la communauté internationale laisse entrevoir de graves dangers d'extension du conflit.

Monsieur le ministre des affaires étrangères, ne convient-il pas, comme vous le suggériez d'ailleurs vous-même, de faire preuve de courage politique, pour contraindre Israël à la raison avant qu'il ne soit trop tard ? La France ne devrait-elle pas saisir d'urgence le Conseil de sécurité afin que soit envoyée dans les territoires autonomes une force de protection ? Ne devrait-elle pas exiger une condamnation d'Israël et imposer une suspension de l'accord d'association avec l'Union européenne ?

Pour les incrédules et mécréants, si l'aventure il s'en trouve ici, je rappelle que le message du Mont des Oliviers est : « Remets ton glaive au fourreau car qui règne par le glaive périra par le glaive ! ». Dédié à Ariel Sharon ! (Applaudissements sur les bancs du groupe communiste)

M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères - Le Gouvernement est aussi sensible que vous à l'extrême gravité de la situation, sans doute la plus explosive que nous ayons connue depuis dix ou quinze ans. Nous faisons donc tout ce que nous pouvons, non pour rétablir la confiance ou renouer immédiatement la négociation -l'entreprise serait illusoire-, mais pour arrêter l'engrenage. Saisir le Conseil de sécurité ? Nous l'avons fait il y a quelques semaines mais nous avons dû constater que le projet d'envoyer des observateurs supposait au préalable un accord entre les deux parties. L'idée a sans doute de l'avenir, mais nous n'en sommes pas au stade où elle pourrait se concrétiser. Il s'agit simplement aujourd'hui d'éviter le pire.

Certains pays songent en effet à s'appuyer sur les clauses de l'accord passé entre l'Union européenne et Israël pour mettre les dirigeants de ce pays devant leurs responsabilités. Le Conseil d'association doit se réunir prochainement et si l'écart devait rester aussi flagrant entre le contenu de l'accord et la situation sur le terrain, nul doute que l'Europe ne pourrait ignorer le problème (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste).